Et si on remplaçait le label bio par une étiquette « produit de merde » ?

C’est au cours d’une discussion animée sur le label bio, à mon ancien travail, qu’une de mes collègues s’est exclamée « Plutôt que de certifier le bio, on ferait mieux de créer un label pour les produits de merde ! » Cet éclair de génie nous a rappelé qu’avant d’être une lubie d’urbain aisé ou de hippie, l’agriculture biologique, locale et de saison était surtout la norme.

Acheter bio, la bonne blague

Si vous aussi vous consommez bio, vous devez être plus que familiers des réflexions du type « Arf désolé j’oubliais que chez toi on mange bio hahaha hihihi hohoho. » J’ignorais que le contenu de mes placards valait une bonne blague Carambar. Heureusement, je ne suis ni susceptible, ni moralo. Je préfère même en rajouter une petite couche : « Bien sûr que tout est bio, et aussi local et de saison. Sauf le quinoa de Bolivie et le café du Pérou, mais ça va parce que c’est équitable et acheminé en bateau du coup hahaha hihihi hohoho #bobo. »

On rigole, on rigole, mais ces petites vannes me posent question. En l’espace d’un demi-siècle, l’agriculture intensive et l’élevage industriel sont devenus les modes de production « conventionnels », tandis que le bio s’apparente à un caprice de snob ou de Candide. À une certaine époque, nous faisions confiance au progrès technique, mais maintenant que nous connaissons l’impact de ces transformations sur notre santé… Comment peut-on encore avoir envie de rire ?

Des apports nutritionnels en chute libre

Les titres un peu racoleurs de certains sites web expriment une réalité préoccupante : vitamines, minéraux, oligo-éléments… sont de moins en moins présents dans nos fruits et légumes. Et je ne vous parle même pas des plats préparés, des produits raffinés et transformés… Bref, de toutes les déjections de l’industrie agro-alimentaire, qui nous remplissent sans nous nourrir, et consacrent le règne de la calorie vide. Certains s’en alarment, mais l’information a du mal à dépasser le cercle des initiés. Car ailleurs, toute remise en cause de nos modes d’alimentation et de consommation s’accompagne de son lot de sarcasmes. Quand même, il ne faudrait pas risquer de faire différemment.

Certains me répondront que se fier au label bio n’a rien d’anti-conformiste. Que c’est juste le comportement moutonnier de ceux qui se croient au-dessus de la masse (des beaufs). Pour certains, ce mode de consommation peut effectivement être une stratégie de distinction sociale. D’autres adoptent cette « mode » sans questionner leurs habitudes (panier rempli de biscuits, yaourts et steaks de céréales… bios.) Mais rester focalisé là-dessus n’apporte rien. Si ce n’est discréditer totalement une alternative à la merde qui est pourtant devenue la base de notre alimentation.

Remettre la bouffe de merde à sa place de plaisir coupable

Le problème n’est pas tant l’existence de la junk food. (D’ailleurs, je le confesse, j’adore les chips. Et les rillettes, la pizza, les glaces… Bref.) Le souci, c’est la place qu’occupent les produits transformés dans notre modèle. Loin d’être réservés aux occasions festives et aux repas pris sur le pouce, ces aliments sans intérêt nutritionnel sont omniprésents dans nos assiettes. Et c’est devenu un problème de santé publique. Comment renvoyer cette nourriture à sa place de plaisir coupable ?

Même des aliments considérés comme plus « sains » posent problème. Oeufs de poule élevées en cage, farine blanche vidée de ses nutriments, fruits et légumes bourrés d’eau et de sucre, poissons aux métaux lourds… C’est le modèle dans son ensemble qu’il faut remettre en cause. Et ça, c’est ce que fait le bio, du moins dans sa philosophie initiale.

Et si on inversait le raisonnement ?

Alors, la question mérite d’être posée : et si on supprimait le label bio pour le remplacer par une étiquette « je suis un produit de merde » ? Est-ce que ça nous ferait toujours autant rire de voir des gens se préoccuper de leur santé ? Est-ce qu’on arrêterait de considérer le respect des Hommes et de l’environnement comme exceptionnel ?

Les avertissements sur les paquets de cigarettes peuvent être considérés comme hypocrites, mais il est de moins en moins sexy de fumer. (Sauf quand c’est Romain Duris dans un film de Jacques Audiard.) Si l’état d’esprit peut changer pour la clope, pourquoi pas pour la bouffe, l’hygiène, les produits ménagers ? Un Français sur deux en surpoids, l’explosion des maladies cardiovasculaires, auto-immunes, des cancers, des troubles respiratoires… Manger de la merde n’a rien de comique, c’est une bombe à retardement. Avec peut-être aussi des dégâts sur le cerveau : regardez les Américains et le Président qu’ils viennent d’élire…

3 commentaires

  1. Christine - le carnet sur l'étagère Répondre

    Je suis d’accord avec toi Anaelle, le bio n’est pas parfait ou tout du moins il commence à prendre les travers des business-man de l’agro-alimentaire (le fric c’est chic !).
    Mais le bio c’est toujours mieux que toute la saloperie industrielle transformée faite souvent à partir de déchets infects.
    Il vaut mieux tirer une société vers le haut que la pousser vers le bas et se complaire dans la « beauferie » et la médiocrité.
    La manière dont s’alimente un individu traduit le respect qu’il a pour sa personne et pour les autres de son espèce (la famille, les amis quand on les invite à manger).
    Malheureusement, l’alimentation n’est pas une priorité pour tout le monde parce que ce n’est pas ostentatoire, certains préfèrent montrer un statut social (plus ou moins surfait par les crédits) à travers leur voiture, leur maison, leur fringues, leur bronzage, etc…mais bouffent de la merde et le savent parfaitement !

  2. Je-Teste Répondre

    Aujourd’hui je vois bien plus de personnes condescendantes et « obtues » du côté des vegan, bio, etc. Et cet article ne déroge pas à la règle malheureusement…
    Et réduire les choses à « le bio c’est genial, le reste c’est de la merde » n’aidera sûrement pas au dialogue et aux échanges riches et intelligents

    • Anaelle Auteur de l’articleRépondre

      Cher « Je-Teste » (drôle de nom ?), c’est fou, ce besoin compulsif de sortir la AK-47 pour tirer sur tout ce qui bouge. Manque de chance, si vous faisiez autre chose que lire les articles en diagonale, vous sauriez que je suis loin de penser que « le bio, c’est génial ». Allez donc lire mes posts sur la bio de supermarché ou les idées reçues sur la filière biologique, plutôt que de vous jeter sur votre clavier pour clasher. Je suis la première à m’interroger sur les problèmes du bio, et ne limite pas ma recherche d’alternatives à ça. Oui, je critique beaucoup le modèle conventionnel, car l’industrie agroalimentaire a réussi le tour de force de nous faire croire que ce qu’elle nous fournit est la norme. Pour autant, je n’angélise pas le bio.

      Cet article au titre volontairement provocateur (le fameux « second degré » dont certains manquent) vise à inverser la logique : et s’il n’était pas ridicule d’exiger des produits sains et nutritifs ? Et si c’était ça, la norme, plutôt que des produits vides (mais pleins de substances nocives) ? Au final, l’aberration, c’est qu’il y ait besoin de labels et de certifications pour nous certifier qu’on ne s’empoisonne pas (trop)…

      Pas rancunière, je serai ravie de connaître vos idées pour consommer et s’alimenter de manière plus saine, avec ou sans étiquette AB. J’aimerais bien arrêter ce débat stérile (bio ou pas bio), pour engager plutôt une discussion sur les alternatives viables aux problèmes que posent l’agriculture industrielle… La bio est l’une de ces voies, pas toujours satisfaisante je vous l’accorde.

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