« Pour le lap-dance, c’est au fond du bar » et autres moments de sexisme ordinaire.

La semaine dernière, je suis allée voir le match France-Albanie dans un bar. Assemblée majoritairement masculine, même si quelques femmes de supporters attirées par l’ambiance festive et la bière qui coule à flots étaient de la partie. Ou peut-être qu’elles suivent les matchs de Ligue 1, les Championnats de France et la Champions League. Qui sait. Poignées de mains fermes et étreintes viriles : le rituel du salut à la testostérone. Je passe le pas de la porte. Un petit malin qui avait déjà probablement deux ou trois pintes dans le cornet m’interpelle : « Pour le lap-dance, c’est au fond du bar ! ».

Le dilemme de la cruche ou de l’hystérique

Dans ces situations critiques et malheureusement banales de sexisme ordinaire, il y a toujours ce dilemme entre :

  • laisser filer, voire faire semblant de rire (et donc creuser sa propre tombe)
  • clasher le type en sachant qu’il y a 178% de chances de passer pour une chienne de garde (et donc creuser sa propre tombe).

Bref, quoi qu’on fasse, on se tire une balle dans le pied. Ne reste plus qu’à choisir si on préfère passer pour une cruche, ou pour une hystérique.

Ce type méritait que je le ratatine, mais l’envie de m’embrouiller n’y était pas. Alors, dans un grand moment d’inspiration, j’ai rétorqué « Tu vas devoir y aller à ma place, je suis venue regarder Dimitri Payet nettoyer la lucarne ». Puis je me suis plantée devant l’écran géant pour commenter les choix stratégiques de Didier Deschamps, une pinte débordante à la main. Le goujat a ri, amusé mais pas moqueur. Victoire de l’humour sur la bêtise.

Aucune place pour les filles dans le football ?

La vérité, c’est que je me fous pas mal du football. Mais le simple fait d’être ramenée à un rôle de pute de beaufs me donne envie de revoir Les Yeux dans les Bleus. D’ailleurs, vérification faite, cette compétition est bien plus amusante lorsqu’on s’y intéresse. Pendant cet Euro 2016, j’ai passé plusieurs soirées mémorables à vibrer avec d’authentiques inconnus. J’ai fait la fête avec les Belges et les Irlandais. Je le confesse, j’ai même lu des articles de So Foot parce que leurs journalistes écrivent trop bien. Et j’ai été sur Footito parce que leurs blagues me font marrer. (Même si je ne les comprend pas toutes).

Qu’attendons-nous pour rejoindre la fête ?

En fait, je ne compte pas passer un mois recluse. Moi aussi je veux me remplir de chips et de bière, faire des blagues douteuses et hurler hors-jeu ou penalty devant la télé. D’ailleurs, c’est fou comme tout homme postule que tu ne comprends pas le hors-jeu. Mais cela relève plus souvent de la maladresse. Car la plupart du temps, les mâles ne demandent qu’à ce qu’on se joigne à la fête. Alors je vous pose la question : Snoop Doggy Dog, qu’est-ce qu’on attend ?

Rien ne nous oblige à nous cantonner aux rôles que l’on nous attribue d’office. Ni à rester dans les cases dans lesquelles on nous a mises. Rien ne nous oblige d’en sortir à tout prix non plus, au nom d’un féminisme militant un peu con. Faisons nos choix librement.

Au final, si le football nous amuse ou nous intéresse, ne nous privons pas d’une grande fête populaire au motif qu’il y a trop d’hormones mâles qui gravitent autour. Allons au stade, et pas pour espérer être dans le diaporama des plus jolies supportrices de l’Euro 2016. Allons au bar, et pas pour se faire draguer par des centaines d’Irlandais on fire.

Et surtout, clouons bien le bec aux idiots qui ne nous croient bonnes qu’à se dandiner au fond du bar. Du moins, quand nous ne venons pas dans le seul but de nous dandiner au fond du bar.

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