« Pour le lap-dance, c’est au fond du bar » et autres moments de sexisme ordinaire.

Lausanne - Euro 2016 - Match Belgique-Italie
Cette supportrice l’air d’être là pour faire un lap-dance ?

La semaine dernière, je suis allée voir le match France-Albanie dans un bar. Assemblée majoritairement masculine, même si quelques femmes de supporters attirées par l’ambiance festive et la bière qui coule à flots étaient de la partie. Ou peut-être qu’elles suivent les matchs de Ligue 1, les Championnats de France et même la Champions League, qui sait. Poignées de mains fermes et étreintes viriles, le rituel du salut à la testostérone. Alors que je passe le pas de la porte, un petit malin qui avait déjà probablement deux ou trois pintes dans le cornet m’interpelle : « Pour le lap-dance, c’est au fond du bar ! ». Heureusement pour le malotru, j’étais encore parfaitement sobre et d’excellente humeur. Car il y en a qui ont pris des coups de boule pour moins que ça.

Dans ces situations critiques et malheureusement banales de sexisme ordinaire, où l’on se fait humilier gratuitement au seul motif que l’on a des ovaires, il y a toujours ce dilemme entre laisser filer, voire faire semblant de rire (et donc creuser sa propre tombe), ou bien allumer le type en sachant qu’il y a 108% de chances de passer pour une chienne de garde (et donc creuser sa propre tombe). Bref, quelle que soit votre réaction, vous risquez fort de vous tirer une balle dans le pied : il ne vous reste plus qu’à choisir si vous préférez passer pour une cruche ou pour une hystérique.

Honnêtement, ce type méritait que je le ratatine, mais l’envie de m’embrouiller n’y était pas. Alors, dans un grand moment d’inspiration, j’ai rétorqué « Tu vas devoir y aller à ma place, je suis venue regarder Dimitri Payet nettoyer la lucarne », avant de me planter, pinte débordante à la main, devant l’écran géant pour commenter les choix stratégiques de Didier Deschamps. Le goujat a ri, amusé mais pas moqueur. Victoire de l’humour sur la bêtise.

La vérité, c’est que je n’y connais pas grand-chose en football : je suis une Footix ordinaire, qui se peint le visage en bleu-blanc-rouge tous les deux ans et ignore jusqu’au nom du sélectionneur de l’équipe de France le reste du temps. Mais le simple fait d’être ramenée à un rôle de pute à beaufs me donne envie de me passionner pour le 4-3-3 et de revoir Les Yeux dans les Bleus. D’ailleurs, vérification faite, cette compétition est bien plus amusante lorsqu’on s’y intéresse. J’ai passé plusieurs soirées mémorables dans les bars ou les fans zones, à vibrer avec d’authentiques inconnus devenus camarades le temps d’une soirée. J’ai fêté la victoire des uns et la défaite des autres avec les Belges et les Irlandais. Je le confesse, j’ai même lu des articles de So Foot parce que leurs journalistes écrivent trop bien, et parcouru le site Footito parce que leurs blagues me font marrer (même si je ne les comprend pas toutes).

En fait, je ne compte pas passer un mois recluse dans une cuisine à enfourner des tomates cerises et des cubes d’emmental sur des cure-dents pour une horde de mâles braillards et imbibés, avachis sur le canapé du salon. Moi aussi je veux me goinfrer de chips, boire de la bière, faire des blagues douteuses et hurler hors-jeu ou penalty devant la télé. D’ailleurs, c’est fou le nombre de mecs qui t’expliquent la règle du hors-jeu alors que tu ne leur a rien demandé. Mais cela relève plus souvent de la maladresse que de la malveillance : car la plupart du temps, les mâles en question ne demandent qu’à ce qu’on les rejoigne pour la fête. Alors je vous pose la question : Snoop Doggy Dog, qu’est-ce qu’on attend ?

Rien ne nous oblige à nous cantonner aux rôles que l’on nous attribue d’office, ni de rester dans les cases dans lesquelles on nous a mises. Rien ne nous oblige d’en sortir à tout prix non plus, au nom d’un féminisme militant un peu con. Faites vos choix librement.

J’ai eu un moment de joie, en entendant Éliette Abecassis animer la chronique quotidienne Fan de foot chaque matin sur France Inter, parce qu’on pouvait être une femme et montrer un intérêt sincère pour un domaine traditionnellement réservé aux hommes. Avant qu’elle ne débite tout un tas de conneries sur le football, valeur refuge de la masculinité. Au secours, ALERTE AUX CLICHÉS.

Au final, si le football vous amuse ou vous intéresse, ne vous privez pas d’une grande fête populaire au motif qu’il y a trop d’hormones mâles qui gravitent autour. Allez au stade, et pas dans l’espoir d’être dans le diaporama des plus jolies supportrices de l’Euro 2016. Allez au bar, et pas pour vous faire draguer par des centaines d’Irlandais on fire.

Et surtout, clouez bien le bec des idiots qui croient que vous êtes venue vous dandiner en string au fond du bar. Du moins, si vous n’êtes pas venue pour vous dandiner en string au fond du bar.

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