Fruits et légumes moches : un espoir pour tout ceux qui n’ont pas un physique facile.

Au départ j’avais envie de vous parler d’un joli projet, sur lequel je suis tombée en faisant mon apparition mensuelle sur Twitter : Moi, moche et bon, le jus de fruit anti-gaspi, made in Alsace et naturel.

Et puis, en googlant un peu, j’ai réalisé que ces trois jeunes et sympathiques entrepreneurs n’étaient pas les seuls à s’être emparés de la mouvance « la revanche des moches ».

La révélation des fruits et légumes moches au naturel

Peut-être que comme Intermarché, Monoprix et les autres, tu as découvert récemment que les pommes pouvaient être bossues, que les carottes ne sont pas toutes unijambistes, voire même que les patates ont souvent des excroissances. (Et pas seulement parce que tu les a laissées moisir six mois dans un sac plastique.) Il faut dire qu’ils savent y faire, les mousquetaires. Ça fait 30 ans qu’une poignée de mal rasé(e)s te dit que les fruits ne brillent pas au naturel, et là, les mecs arrivent, ils te mettent trois affiches avec des slogans bien troussés et bim, c’est limite si tu regrettes pas de ne pas pouvoir aller à la SPA adopter des fruits et légumes moches.

La campagne de pub d'Intermarché pour les fruits et légumes moches.
La campagne de pub d’Intermarché pour les fruits et légumes moches.

Une aubaine pour la grande distribution

Tu penses bien que la grande distribution n’allait pas laisser passer cette occasion en or : commercialiser un nouveau produit tout en se parant de vertu, l’aubaine !

Suis-je mauvaise langue ? Oui et non. 40% de la nourriture produite dans le monde part à la poubelle avant d’être consommée. On est d’accord que ce chiffre est indécent. Pour faire bouger les lignes, il est indispensable d’entraîner les supermarchés dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Oui, parce que les Français y réalisent les trois quarts de leurs dépenses de nourriture.

Derrière tout ça, il y a notamment un collectif de producteurs, Les gueules cassées. Ils ont mis en place un repère spécial « antigaspi » et enrôlé plus de 5 000 points de vente dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les denrées hors calibre sont étiquetées moches et vendues au rabais. Hop, c’est utile et financièrement ça arrange tout le monde, producteurs, distributeurs, consommateurs. Leurs produits cartonnent (10 000 tonnes vendues la première année), et c’est une bonne nouvelle. Au-delà des fruits et légumes moches, la démarche s’étend aux céréales, au claquos, etc.

Adios le délit de sale gueule

D’ailleurs, ça marche tellement bien qu’on pourrait réfléchir à d’autres trucs. Imagine un peu la révolution dans le monde du travail si les moches pouvaient se faire embaucher 30% moins cher. La fin du délit de sale gueule. Même plus besoin d’être sympa ou compétent, d’avoir de l’humour ou de dégager « un certain charme ». Non, non, on te préfère simplement parce que t’es moins cher. Pourquoi ? Parce que tu fais pas plaisir à regarder. Voilà.

Et si le message n’était pas le bon ?

Plus sérieusement, je me demande si le fait d’instaurer un rabais sur les fruits et légumes moches ne donne pas aux consommateurs l’impression d’acheter des produits de moindre qualité, anormaux, un peu ratés. La vraie révolution serait justement d’arrêter de croire que les fruits et légumes sont tous identiques…

L’avenir nous dira si ces initiatives vertueuses constituaient la première étape d’une révélation générale : Une poire Une bouteille d’Origina.

2 commentaires

Laisser un commentaire