Le nouveau système d’étiquetage nutritionnel des aliments : la bonne blague

Vous avez peut-être entendu parler du logo Nutri-score, le système retenu pour l’étiquetage nutritionnel des aliments. Le Ministère de la Santé a annoncé sa décision il y a bientôt deux semaines, plus d’un an après l’inscription du principe dans la loi de Santé. En ce surlendemain de la journée mondiale de la procrastination, disons-le : mieux vaut tard que jamais.

Bref, depuis cette fameuse loi, l’industrie agro-alimentaire fait la gueule. Je les comprends : moi aussi j’aurais peur que le regard fou de Marisol Touraine se pose sur moi. De son côté, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir crie victoire. Et une fois n’est pas coutume, je ne partage pas du tout leur avis.

L’étiquetage nutritionnel : un système (trop) simple

Le Nutri-Score, donc, est un système qui s’appuie sur 5 couleurs associées à 5 lettres. Il s’adresse donc aux daltoniens comme aux illettrés (mais maintient Gilbert Montagné dans l’ignorance.) Son but est de délivrer une information synthétique sur la qualité nutritionnelle des denrées alimentaires.

Ainsi, la qualité d’un aliment est évaluée en tenant compte de la quantité de sucres, de sel, d’acides gras saturés et de calories qu’il contient. Plus il est caca, plus l’indicateur vire au rouge. À condition de figurer sur l’emballage, bien sûr, car le logo Nutri-score n’est pour l’instant pas obligatoire. Je ne vous l’avais jamais dit, mais je suis cartomancienne et je vois, je vois… Que Ferrero ne le mettra pas sur l’étiquette du Nutella.

Quelle information nutritionnelle donnée au consommateur ?

L’idée derrière tout ça, c’est de lutter contre l’obésité et la malbouffe. Comment ? En offrant au consommateur une information transparente sur la valeur nutritionnelle des aliments. Le Ministère de la Santé espère par ce biais encourager les comportements d’achat plus « sains ».

Ainsi, la note du produit tient également compte de sa teneur en fibres, vitamines, minéraux… Qui vient remonter la note globale.

Parce qu’il va de soi que troquer les pizzas quatre fromages pour des quatre saisons va résoudre le problème de l’obésité en France.

pizzas et étiquetage nutritionnel des aliments
T’inquiète chérie, y’a un quart de poivron vert ! (Oui, le fameux poivron vert de mars.)

Le système d’étiquetage nutritionnel se trompe de message

Premièrement, ce système est trop simpliste pour être fiable. Je ne rentrerai pas dans les détails, car je ne suis pas plus nutritionniste-diététicienne que diseuse de bonne aventure. (Dommage, car chez certains, ces deux professions semblent compatibles.) Mais grosso merdo, c’est un métier qu’on exerce avec un diplôme, parce que le sujet est complexe. Arrêtons de prendre les gens pour des gogols en essayant de leur faire croire le contraire.

Tout ceci ne veut pas dire qu’il n’y a aucun message clair à transmettre. En matière d’alimentation, la véritable information, c’est que les produits bruts sont meilleurs pour notre santé que les tambouilles obscures de l’industrie agro-alimentaire. Qu’un fruit est un meilleur dessert qu’un yaourt aromatisé, même (surtout) s’il est allégé. Et ainsi de suite.

Avec le Nutri-score, on se retrouve avec un étiquetage qui classe les pizzas, les biscuits apéro ou les pâtes à tartiner du plus « sain » au moins recommandable, en oubliant de préciser que ces petites choses ultra-transformées sont toutes de véritables attentats à la nutrition.

L’exemple des céréales du petit-déjeuner

Prenons l’exemple des céréales industrielles. Depuis quand démarrer sa journée en mâchonnant des flocons de sucre est une bonne idée ? (Et ce, même si on y ajouté 3 raisins secs et une meuf en maillot sur l’emballage ?)

Breakfast Cereal, Kids Cereal 6/2014 pics by Mike Mozart of TheToyChannel and JeepersMedia on YouTube. #Cereal #BreakfastCereal #KidsCereal #TargetStores
J’ai TROP hâte de savoir quel paquet de céréales industrielles bourrées de sucres et vides de nutriments il vaut mieux que j’achète pour manger plus sainement. LOL.

Comme l’explique Benjamin de Naturacoach sur son Facebook : « on sait très bien que si les consommateurs voient du vert, ils prendront cela comme « pouvant être consommé sans restriction », et qu’un logo qui ne classe pas TOUT le rayon des céréales de petit-déjeuner en rouge est à côté de la plaque (en-dehors des paquets de flocons bruts). »

Tout est dit, merci.

Et si l’étiquetage nutritionnel s’attaquait aux vrais problèmes ?

Voilà pourquoi le principe-même de cet étiquetage nutritionnel est un canular.

Le consommateur ne l’utilisera pas pour comparer les vertus nutritionnelles de la pomme ou de la mousse au chocolat. Qui plus est, je ne suis pas certaine qu’il ait besoin d’un logo 5 couleurs pour raisonner là-dessus. Il ne confrontera pas non plus les apports en vitamines du pomélo à ceux du kumquat (qui, soi dit en passant, rapporte 24 points au Scrabble).

Le logo permettra principalement de comparer entre eux des aliments industriels, qui, par définition, ne sont PAS des aliments bons pour la santé. Ils contiennent conservateurs, colorants, exhausteurs de goût, épaississants, stabilisants, édulcorants, sucres, sel… Sans parler de l’origine souvent intraçable des aliments qui entrent dans leur composition. Beurk.

Bref, on continue de ne pas savoir ce qu’on mange, hormis des calories vides, et de trouver ça normal. Sans parler d’une légère hypocrisie… En ce qui me concerne, quand je craque, je ne compare pas la teneur en sel ou en vitamine B6 des chips en sachet, je prends le paquet de dentelées parce que ce sont les meilleures. Et je ne vous parle pas du pack de bière qui l’accompagne.

Pour une véritable éducation en matière d’alimentation et de nutrition

Le Nutri-score n’est que le résultat logique d’un très long processus de désinformation en matière de nutrition et d’alimentation. La faute à l’action de nombreux lobbies et à la faiblesse des pouvoirs publics en la matière. Il suffit de regarder le site officiel du programme national nutrition-santé (PNNS) pour comprendre d’où on part. (De très loin, donc). Des recommandations aberrantes (4 produits laitiers par jour pour les enfants ??), des familles entières d’aliments qui passent à la trappe (où sont les oléagineux ? les légumineuses ?) Comment voulez-vous que des enfants qui grandissent avec de telles consignes sachent, une fois devenus adultes, distinguer ce qui est bon pour eux ?

Mais alors, on mange quoi ?

S’il n’y avait qu’un principe à retenir, ce serait le suivant : on privilégie les produits bruts à cuisiner soi-même : fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, oléagineux, produits animaliers de qualité… Pas besoin d’être Joël Robuchon pour s’alimenter au quotidien. Je vous le démontrais avec une base de soupe pour l’hiver à décliner à l’infini. Ça marche aussi pour les salades, les tartes, les « frichtis » de légumes et de céréales, et tellement d’autres choses.

Promis, bientôt des recettes de cuisine fastoches pour les pressés et les nases… D’ici là, belle semaine !

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