Je ne rentre pas dans une case. Et alors ?

Temps de lecture : 3 minutes

Ça me prend rarement, de bloguer juste parce que j’en ai envie. Chaque article vient toujours avec son cortège de réflexions, d’hésitations et de recherches. Il mûrit et ne sort qu’après moult réécritures et relectures. Heureusement qu’on ne peut pas gratter les textes comme les couches de peinture.

Pourtant, l’essence du blog, c’est « juste » un(e) quidam qui tape ce qu’il veut sur un clavier et publie. Peu importe la taille de son auditoire, qu’il se réduise à lui-même ou rassemble des centaines de milliers d’abonnés. Dans les deux cas, on blogue, point. 

Je ne rentre pas dans une case : et alors ?

La question « et alors ? » était posée dans un tout autre contexte, mais voilà qu’elle vient résonner ici.

Les cases, c’est l’une de mes grandes réflexions du moment. J’ai souvent fait l’expérience de ne pas pouvoir me couler dans le moule. Adolescente (et même un peu après), je ne rêvais pourtant que de ça : ressembler aux autres, me fondre dans un groupe, n’importe lequel.

Aujourd’hui, je suis contente de la richesse que m’apporte le fait de côtoyer et d’avoir côtoyé des univers très différents, sans appartenir vraiment à aucun d’entre eux.

Je ne rentre pas trop dans les cases de genre. Pour être honnête j’aurais préféré être un garçon, ça m’aurait simplifié les choses. J’aurais assumé la spontanéité de mes paroles, cette envie de ne pas rester en retrait, mon second degré permanent, mon côté compet’. Les rôles masculins et féminins sont bien délimités, et l’humour par exemple n’est pas de mon côté. Je me suis souvent demandée si je parlais trop, si j’avais un comportement inadapté, si j’allais finir par payer cette détestation du « rôle féminin ». Aujourd’hui, j’arrive à faire à-peu près ce que je veux, sans me demander si c’est trop ou pas assez. Et je ne vais pas vous dire que c’est toujours facile.

Jeune diplômée, je ne me fondais pas dans le monde du travail. J’avais peur de la suite parce que je ne voyais que cette case dont je n’épousais pas les formes. Puis j’ai regardé hors de la boîte, et j’ai compris que je me sentirai mieux quand j’arrêterai d’essayer de rentrer dans le case du salariat. Ou pire encore, celle de « j’ai suivi des études pour ça, je ne vais quand même pas changer de voie ». Aujourd’hui, je suis rédactrice web à mon compte, pour aussi longtemps que cette activité m’épanouira.

Devinez quoi ? Je ne suis pas non plus le cliché de l’écolo. D’abord, je déteste l’entre-soi. C’est confortable, mais on tourne vite en rond. J’ai bien quelques allures de bobo, et pourtant je ne me sens pas très à l’aise dans les lieux estampillés comme tels. Souvent, les gens qui ne me connaissent pas encore s’étonnent de l’existence de ce blog. Mon côté bonne vivante et marrante, ça ne colle pas à l’image de moralo-coincée du cul qu’ils ont parfois en tête. Faut-il s’habiller d’une certaine manière, fréquenter des lieux spécifiques, avoir des activités désignées pour être une green girl ? Au secours.

Scoop : personne ne rentre dans les cases

Les cases sont là pour nous rassurer. Elles organisent notre compréhension des choses. Les cases divisent le monde entre nous et les pas-nous, la faute à un obscur instinct tribal qui ne veut pas disparaître. Si c’est « pas-nous », si ça dépasse : on rejette, on discrédite, on ridiculise, on insulte. Dans le meilleur des cas on s’en fout (ouf !)

Mais on se dit rarement que c’est une occasion de voir les choses autrement. Parce que s’interroger, c’est sortir de la zone de confort où l’on s’est installé, parfois depuis longtemps. C’est prendre le risque de ré-agencer son univers, de contredire son moi d’il y a dix ans (ou de la semaine dernière), d’inventer quelque chose de nouveau. Admettre qu’on puisse se tromper, et donc risquer d’être vulnérable.

Or, quand on y réfléchit bien, qui rentre vraiment dans les cases ? Ou plutôt : qui rentre dans les cases, sans que ce soit au prix de contorsions douloureuses et de renonciations et/ou de facilité, de paresse ? On s’y conforme par habitude ou parce qu’on aime mieux être à l’étroit, plutôt que de risquer l’aventure du dehors.

Pourtant, on n’a jamais rien inventé d’intéressant dans les cases. Les univers hermétiques ne communiquent pas, et sans communication, pas de compréhension. 

C’est précisément pour ça que je ne tiens pas à fréquenter que des gens qui me ressemblent. Bien sûr, on est spontanément attirés par ce qu’on connaît, et ça n’est pas mal en soi. Mais ça ne m’intéresse pas de rester uniquement dans ce que je sais déjà.

S’assumer, dans et en dehors des cases

D’une manière générale, quoi que je fasse, je prends rarement la panoplie complète. Je préfère piocher dans différents univers pour faire ma tambouille.

Mon intérêt pour l’écologie, les rapports humains, l’art, le travail… C’est peut-être ça leur dénominateur commun : une volonté de s’assumer.

Pas dans la démonstration, pas dans la provocation, pas dans la revendication. Encore moins dans l’agressivité.

Juste s’assumer, purement et simplement, dans le fait d’être. Parfois dans les cases, parfois en dehors.

S’assumer, en refusant à quiconque le droit de limiter ses possibilités. Car oui, tout le monde aura toujours un avis sur ce que vous faites. À vous de voir quelle importance vous accordez à ces avis, surtout lorsqu’ils touchent des choses qui vous tiennent à coeur.

Pas besoin de crier qui vous êtes à la face du monde. Pas besoin de remplacer votre photo de profil par celle d’un fuck ni de répéter « on les emmerde » à tout bout de champ. Ne perdez pas d’énergie à vous chercher des ennemis : occupez-vous de vous-même. Il n’y a que vous pour lever vos barrières, vos freins, élargir votre champ des possibles

Je ne rentre pas dans une case : et alors ? Le monde ne s’arrêtera pas de tourner pour si peu.

Peut-être même qu’il s’en portera un peu mieux.

5 commentaires

  1. Laure Répondre

    J’adore !! Oui prendre de la hauteur être « dans » parfois, « en dehors » d’autres fois mais ne pas être en réaction contre ou pour, on s’en fiche en fait 😉 Etre juste là où l’on a envie d’être et être qui l’on est sur le moment. Cela semble simple dit comme cela et c’est pourtant loin d’être facile de se trouver et de s’accepter. Bref j’aime beaucoup ton article, merci !

  2. Cédric SEAUVY Répondre

    Bravo Anaelle de t’assumer. J’ai dévoré cet article, tellement je me reconnais dans ce parcours , et tellement j’en suis fier ! Continue de suivre ton instinct, ta voie (car il ne peut y en avoir d’autres).

    Je me bats pour que les individus prennent conscience de leur potentiel, de la chance que cela peut etre de sortir de son cadre de référence.

    La traduction anglais de « prendre un risque » est « take a chance »

    Alors voyons les opportunités partout, tout le temps !

    • Anaelle Auteur de l’articleRépondre

      C’est un long chemin de s’assumer, je suppose d’ailleurs qu’on n’arrive jamais au bout. C’est marrant, j’ai notamment pensé à toi en l’écrivant ! Merci Cédric 🙂

  3. Alexandra Lemiesle Répondre

    Merci Annaelle! Merci 1000 fois pour ce bel article que je m’empresse de partager!

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