26 octobre 2021

L’importance du silence dans un monde de bruit

« Comment savoir ce qu’on veut au fond de soi ? » est une question qu’on me pose souvent (et que je me suis également beaucoup posée). C’est dire si nous sommes coupé·es de nous-mêmes. En fait, la réponse est tellement simple qu’on serait tenté·es de dire « c’est tout ? », chercher sous le tapis si on a pas oublié un truc. Car évidemment, il n’y a pas de clé cachée pour accéder à soi. Il suffit de se rendre disponible, d’observer et écouter ce qu’il se passe à l’intérieur. Et pour ça, j’aimerais vous parler de l’importance du silence.

Ce que j’entends par silence, ce n’est pas (ou pas seulement) l’absence de stimulation sonore/auditive. C’est plutôt l’absence d’informations nouvelles venues de l’extérieur. (Du coup, quand je lis un livre, je suis au calme mais je ne suis pas en silence.)

Pour moi, le silence est un état où je suis présent·e et à l’écoute de ce qui est là, à l’intérieur de moi. C’est vraiment le contact avec soi, avec ce qui est vivant dans l’instant.

Et mon constat, c’est que nous manquons cruellement de silence. Ce billet est donc un véritable plaidoyer pour ça, un rappel de l’importance du silence. Comme d’habitude, j’y partagerais ma propre expérience, et quelques pistes pour inviter plus de silence dans sa vie.

Nous vivons dans une société de bruit

Dans cette vie moderne, nous avons la possibilité, si nous le souhaitons, de ne jamais être en silence. Jamais. Et ce qui va de pair avec ça, c’est que nous ne sommes jamais au contact de nous-mêmes. Rien d’étonnant à ce qu’on ne sache pas ce qu’on veut…

Il y avait déjà les livres, la télévision, les publicités… Et maintenant il y a aussi Internet et les réseaux sociaux, accessibles partout depuis notre poche, prêt·es à remplir les moindres interstices de nos existences.

Une question, un doute ? Google a la réponse.

Un inconfort, un ressenti désagréable ? Pas besoin de s’y confronter, il suffit de scroller Facebook ou Instagram.

Un sentiment de vide ? Vite, remplissons le avec des vidéos YouTube !

Et ainsi de suite.

réseaux sociaux manque de silence

Le bruit nous est familier et rassurant, il nous évite de nous confronter à ce grand vide qu’est le silence. Mais le silence, est-ce vraiment le vide ? Pas vraiment, en fait – j’en reparlerai à la fin de ce billet.

Nous sommes pétri·es de questions… Et nous cherchons systématiquement les réponses dans le bruit, l’apport d’informations nouvelles venues de l’extérieur. Car nous pratiquons si peu le silence… Que nous n’envisageons même pas qu’il puisse contenir des réponses. Or, j’en suis convaincue : ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de « plus », mais justement de « moins ». Moins de conseils, d’avis, de concepts, de théories… Et plus d’espace et de présence à ce qui est là. Plus d’ouverture à cet espace intérieur qui sait déjà.

Les effets du manque de silence

À force d’échouer à trouver les réponses à l’extérieur, j’ai fini par accepter d’aller les chercher à l’intérieur. Enfin… « Chercher » n’est pas le bon mot, car je ne cherche pas : je me rends disponible. Parfois, ça surgit en quelques secondes, parfois ça prend des heures, des jours, des mois. Mais ça émerge toujours d’un espace de silence.

Je peux sentir que je manque de silence quand je suis comme un vase trop plein, que la moindre goutte d’eau fait déborder. Ça démarre généralement par une sensation désagréable (anxiété, frustration, désœuvrement, impuissance…) que je cherche à fuir ou solutionner. Je me mets alors en quête de réponses à l’extérieur, dans des livres, articles, vidéos, conversations… Les informations s’additionnent, créent de l’agitation et de la fatigue mentale, rajoutent de la confusion et du doute.

J’ai déjà un surplus d’informations, et le plus drôle c’est que je crois encore pouvoir m’en tirer… Avec des informations supplémentaires. Dans encore plus de bruit, je cherche le déclic que je n’ai pas eu, ou l’info clé qui va m’aider à organiser tout ça. (Ce qui n’arrive jamais.)

trop d'informations besoin de silence

Le manque de silence augmente mon anxiété, ma frustration, encourage les ruminations. Quand je suis comme ça, je n’ai aucun recul sur les pensées qui me traversent. Je suis en pilote automatique, entièrement gouvernée par mon système de survie. Occupée à trier mes pensées en surnombre, je suis coupée de mes ressentis et intuitions (qui pourtant portent des informations claires pour moi). Mon énergie s’effondre, je suis de plus en plus mal… Jusqu’à ce que je m’en aperçoive et décide de couper. Le silence qui suit n’est pas nécessairement facile ou agréable à traverser, mais il finit toujours par m’apaiser.

Le silence est un acte de résistance

Au niveau sociétal, il y a un intérêt évident à noyer les individus dans le bruit. Quand on est occupé·es à traiter la multitude d’informations futiles dont on est constamment assailli·es, on ne l’est pas à sentir ce qui a du sens pour soi, et ce qui n’en a pas. Sans clarté sur ce qui est important pour nous, sur ce qui nous touche, nous indigne, nous attriste, nous effraie, nous remplit de joie… Nous ne connaissons pas nos motivations profondes à agir. Et donc il n’y a que de l’agitation de surface, rapidement stoppée par les normes sociales et culturelles.

Coupé·es du silence, nous sommes aussi coupé·es de notre sagesse et de notre vérité intérieure – ce qui fait un peuple docile, facilement manipulable.

Réhabiliter le silence, c’est résister à une dictature du et par le bruit. C’est considérer son attention comme une ressource précieuse, la préserver des pollutions externes… Pour la mettre au service de ce en quoi nous croyons. Le silence nous aide à rebrancher notre boussole interne, pour naviguer jusque dans les tempêtes.

importance du silence boussole intérieure

L’importance du silence, et ce qu’il m’apporte

Si vous vous demandez « comment reconnaître ce qui est essentiel pour moi ? »… Je ne peux que vous inviter à faire du silence. Car c’est dans le silence que le tri se fait. Comme un tamis, il sépare l’essentiel du superflu, le vrai du faux, le léger du lourd. Vous l’avez déjà expérimenté : tout est embrouillé, vous allez marcher… Et les choses s’ordonnent.

C’est dans le silence que j’ai pu laisser partir de vieilles émotions qui tournaient comme des disques rayés depuis trop longtemps. Dans le silence que j’ai accueilli celles qui se présentaient et les ai laissées me traverser, sans m’y accrocher.

(Re)découvrir le silence a considérablement allégé ma vie émotionnelle. Lui faire de la place m’a permis de transmuter des blessures, m’a sortie des ruminations perpétuelles, a coupé court aux cycles de dépression qui se répétaient et auxquels je croyais être condamnée.

C’est dans le silence que je sens des élans profonds monter, comme des bulles qui viennent éclater à la surface de ma conscience. J’y accueille des envies « venues de nulle part », des envies qui me terrifient, et qui pourtant sonnent tellement juste.

Du silence jaillit la clarté. Une clarté aveuglante.

Dans le silence, je jouis aussi de bonheurs simples, profonds et perpétuellement disponibles… Comme celui d’être en vie. Le silence est un stop à cette quête perpétuelle de « toujours plus » qui nous laisse vides et frustré·es. Il nous rappelle que tout est déjà là, que la vie c’est maintenant, que nous pouvons déjà être émerveillé·es, reconnaissant·es, rempli·es de joie.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il est accessible à tous, tout le temps.

Non, le silence n’est pas (toujours) confortable

Le silence, miroir de notre être

Le silence est simple. Et ce qui est simple n’est pas nécessairement facile.

Car le silence est sans concessions. Il nous met face à qui nous sommes, aux pensées qui nous habitent, aux émotions qui nous agitent, aux envies irrationnelles qui nous mettent en mouvement, aux besoins non comblés et aux blessures non guéries.

Il n’y a pas de planque possible dans le silence, pas d’échappatoire à soi. Le silence est le miroir implacable de nos petites trahisons et lâchetés vis-à-vis de nous-mêmes, autant que de la lumière qui brille en nous, et l’océan d’amour qui baigne nos cœurs.

silence miroir de l'être

Dans le silence, je ne peux pas ignorer ce que veut ce cœur, et qui exige de moi de choix courageux, souvent non-consensuels, parfois risqués.

C’est peut-être pour ça, finalement, que le bruit est un choix plus facile.

Car bien sûr, la petite voix qui sait ce qui est bon pour nous est en chacun·e de nous, tout le temps. Mais combien d’entre nous en ont conscience et l’ont déjà entendue ? Combien lui font de la place au quotidien ? Combien suivent ce qu’elle suggère, même quand c’est incompréhensible ?

Car c’est ça l’autre truc : nous ne faisons pas confiance à cette petite voix intérieure. Nous nous méfions d’elle. Et quand ce qu’elle nous dit nous fait peur, bien souvent nous préférons retourner au bruit extérieur, familier et rassurant.

Cette petite voix que nous feignons d’ignorer…

Combien de fois avez-vous muselé cette voix, parce que ce qu’elle vous soufflait vous semblait irrationnel, risqué, dangereux, difficile, impossible ?

On sait… Mais on se raconte qu’on ne sait pas. Parce qu’on a peur des conséquences de suivre cette voix.

Par exemple, on sait qu’on ne veut plus d’un mode de vie destructeur qui nous condamne tous à moyen terme, mais on se raconte qu’on ne sait pas. Parce qu’il y a tellement de deuils à faire, tellement de changements à opérer, tellement d’inconnues à accepter qu’on préfère retourner au bruit extérieur, celui qui dit qu’on ne peut rien changer.

Pourtant, au fond de nous on sait. Et c’est ce qu’il y a de beau et de terrible avec le silence : on ne peut pas faire autrement que de savoir. Le flou arrive ensuite, avec les voix de l’ego qui flippe et invite la confusion pour éviter tout changement.

C’est là que l’entraînement au silence joue un rôle essentiel, car alors on peut revenir au calme intérieur, avant que l’ego ne se cabre. Le silence nous met en lien avec une sécurité qu’on ne peut goûter nulle part ailleurs qu’à l’intérieur. Avec cette part de nous qui existe au-delà de nos identités et de nos croyances, au-delà toutes les histoires qu’on peut se raconter.

Le silence nous rappelle que nous existons, même quand tout autour de nous semble s’effondrer. Et ça, c’est quelque chose dont nous aurons bien besoin pour traverser les épreuves qui nous attendent…

l'importance de cultiver le silence

Comment cultiver le silence ?

Bref, vous l’aurez compris : avec ce billet, j’espère vous donner l’envie d’inviter plus de silence dans votre quotidien.

Et ça n’a pas besoin d’être sorcier.

Le silence se cultive partout, tout le temps, à tout moment d’une journée. Il peut durer quelques secondes ou quelques heures. Il n’exige aucune position particulière, aucun équipement spécifique, aucune activité spéciale. On peut être en silence en méditant, mais aussi en marchant, en courant, en jardinant, en buvant son café ou en prenant sa douche. Dans une conversation, il suffit parfois de quelques instants de silence pour revenir à soi, se recentrer, sentir ce qui est juste et ce qui ne l’est pas.

Le silence peut être inconfortable, surtout quand nous sommes si peu habitué·es à entendre les voix de notre corps et de notre âme. Parfois, il est un espace d’apaisement, de clarté ou même d’extase. Et parfois, il n’est que la chambre d’écho pénible de notre bordel intérieur, un état des lieux de nos atermoiements et ruminations.

Il n’y a pas d’attentes à poser sur le silence : juste des expériences à vivre, avec curiosité et sans jugement. Et laisser la vie vous surprendre par ce qu’elle amène dans ces espaces ❤️

Et toi, quelle expérience as-tu du silence ?

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4 Commentaires

  1. Anouck

    La vidéo du chien m’a fait trop rire!
    Pas très sérieuse comme réaction pour ce billet qui l’est un peu plus.
    Merci Anaelle, d’éclairer mon cheminement!

    Réponse
  2. Marianne

    Génial! Très vrai
    Particulièrement quand on cherche sa voie après une première expérience du travail désastreuse
    On a besoin de temps seul, de silence, d’écriture de son journal le matin pour comprendre qui on est et ce qu’on veut
    Même si c’est dur

    J’ai déjà éloigné de moi mon téléphone la majeure partie de la journée, je suis encore sur les écrans le matin ou le soir, j’essaie de me cultiver au max mais besoin d’un peu de détente sur youtube quand même

    Bonne soirée

    Réponse
  3. Cécile

    Bonjour Anaelle, et merci pour cet article qui touche au coeur!! Tu dis « Quand je suis comme ça, je n’ai aucun recul sur les pensées qui me traversent. Je suis en pilote automatique, entièrement gouvernée par mon système de survie » eh bien c’est exactement là que je me trouve, ajourd’hui, (et depuis quelques semaines…) et je te remercie du fond du coeur de m’en faire prendre conscience! Au milieu de cette phase d’activisme profond, c’est bel et bien de ce silence dont j’ai besoin pour me sentir « être », et du même coup retrouver ma paix intérieure. Donc…. je vais de ce pas respirer dehors. Rien de tel que le contact avec la nature, même si c’est juste un chant d’oiseau, pour rompre avec l’activisme et retrouver « mon » silence….

    Réponse
    • Anaelle

      Bonjour Cécile, merci pour ton message ! Je suis heureuse que ces quelques lignes t’aient permis de conscientiser ça et de revenir à un état de présence bénéfique pour toi. Dans notre engagement, on aurait tendance à l’oublier…

      Réponse

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