30 mars 2022

Repenser notre rapport à l’argent… au service de la transition !

Aujourd’hui, j’ai envie qu’on parle d’argent. Je me suis pas mal questionnée dessus ces derniers mois, et je souhaite te partager où j’en suis*. Mon intention avec ce billet, c’est d’amener de la simplicité et de l’ouverture sur un sujet souvent tabou. Parce que je suis convaincue qu’on ne pourra pas faire évoluer notre monde sans questionner sérieusement notre rapport à l’argent.

* Billet garanti sans envolée spiritualo-capitaliste, et sans plaidoyer pour la spéculation.

L’argent, ce grand tabou

Ça fait plus de 10 ans que je m’intéresse à la transition, et bientôt 3 que j’accompagne des entrepreneur·es du changement. Et ça me frappe de voir combien l’argent peut être un sujet touchy dans ce milieu. On crée des entreprises, des associations, des collectifs, des projets, etc. avec de nobles intentions… Et on ne veut pas parler de comment les financer – ou alors du bout des lèvres. Très vite, l’argent devient cet éléphant au milieu de la pièce, le sujet que tout le monde voit mais que personne ne veut aborder.

Bien sûr, l’argent n’est pas la seule chose qui permet de fonctionner : notre temps, notre énergie, nos relations, notre créativité sont de précieuses ressources. Mais tu remarqueras que sans argent pour financer des projets, c’est difficile de tenir sur la durée et de se déployer.

C’est terrible de voir tant de personnes avec des visions magnifiques galérer parce qu’elles n’ont pas les moyens de les concrétiser. Et je ne parle pas de situations financières objectivement difficiles : je parle de cet interdit inconscient de frayer avec l’argent, de se salir les mains à son contact.

Les jugements sur l’argent nous empêchent de poser les bonnes questions

Je comprends tout ça : moi aussi j’ai un rapport ambigu à l’argent, entre peur de manquer et crainte de ne pas être une bonne personne si je viens à en gagner. Mais ces croyances et jugements contradictoires que nous peinons à dépasser nous empêchent de nous poser les bonnes questions.

L’argent n’est pas la bonne réponse à l’insécurité

D’abord, parce que notre sentiment de sécurité ne dépend pas vraiment de l’argent que l’on possède. Il dépend de nos capacités à nous protéger et nous adapter, de l’amour qu’on a reçu, de la confiance qu’on a dans notre entourage, des liens de solidarité qu’on sait pouvoir activer…

Dans un monde qui a individualisé les modes de vie en détruisant les communautés, et qui a dépossédé les personnes de leurs savoirs en les enfermant dans un confort illusoire, c’est normal qu’on se reporte sur l’argent pour se sécuriser.

Mais en réalité, ça ne marche pas : l’insécurité demeure quel que soit le montant de nos revenus. Parce que la racine du problème n’est pas là. Alors, comment recréer de la sécurité individuellement et collectivement, d’une façon plus durable et profonde qu’avec de l’argent ? Voilà une piste que je trouve plus intéressante.

Distinguer l’outils de ses usages… Pour mieux les repenser

Ensuite, parce que la question n’est pas de savoir si l’argent fait de nous de bonnes ou de mauvaises personnes. Je n’irais pas jusqu’à dire que « l’argent est neutre »… Car s’il n’est qu’un outil pour faciliter les échanges entre humain·es (dans l’absolu), il est aussi clairement un instrument de domination, d’exploitation et de destruction (dans notre réalité).

Pour autant, diaboliser l’argent n’est pas plus pertinent que de le vénérer : ces attitudes sont deux faces d’une même pièce. Le reflet d’un même système de pensée, où l’argent ne peut être envisagé autrement qu’accumulé par des individus peu scrupuleux. Où l’on colle des jugements sur la nature de l’argent (bien ou mal) plutôt que de regarder ce qu’on en fait.

En soi, l’argent n’est donc pas déconnant. Mais les formes qu’on lui donne, sa répartition et ses usages peuvent l’être totalement. Si nous ne faisons pas cette distinction, nous ne pouvons pas repenser son utilisation.

Il y a du pouvoir à récupérer dans l’assainissement et la simplification de notre rapport à l’argent. Des questions plus fertiles à se poser que si c’est bien ou si c’est mal : Quelles formes on veut lui donner ? Comment souhaite-t-on le distribuer et l’utiliser ? Au service de quoi ?

Une question qui nous concerne tous·tes

Le fait de devenir indépendante m’a clairement aidée à conscientiser, interroger et simplifier mon rapport à l’argent (même si je suis loin d’en avoir terminé).

Mais je ne crois pas que cette question intéresse uniquement les entrepreneur·es : elle concerne toute personne qui souhaite faire émerger un autre monde. Car comment repenser le modèle actuel, sans repenser la place et les significations de l’argent ? (Pour rappel, ce n’est pas un suppôt du capitalisme : on s’en sert depuis des millénaires…)

Peut-être qu’un jour, on vivra dans des sociétés sans argent. Mais je crois plutôt qu’on se dirige vers une réinvention radicale de ses formes, de sa distribution et de ses usages. C’est déjà le cas avec les expérimentations sur le revenu universel, les monnaies locales, les SEL… Qui nous montrent qu’on peut innover autrement qu’à coup de NFT et de cryptomonnaies. Il y a tant de choses à inventer pour que l’argent redevienne un outil au service des échanges, plutôt qu’un symbole de pouvoir et de domination.

Ceci dit, rien ne bougera si on glisse le sujet sous le tapis. Comment nous assurer que l’argent va dans la direction souhaitée, et finance les choses qui font sens, si nous refusons d’en parler ? Comment pouvons-nous faire émerger un tout autre modèle, plus égalitaire et plus vertueux, si toutes les personnes qui partagent ces aspirations refusent d’être en contact avec l’argent ?

Ouvrir des espaces pour repenser notre rapport à l’argent

Partout, dans nos collectifs, nos organismes, nos associations, nos entreprises, nos relations, nous avons besoin d’en parler avec simplicité, sans honte et sans fascination. Selon moi, ça passe par des espaces de discussion ouverts, francs et dépassionnés sur le sujet. Pour qu’enfin on puisse sortir des clichés qui nous plombent et inventer d’autres possibles, au service d’une transition collective.

💬 As-tu déjà expérimenté un tel espace de discussion ? Si oui, qu’est-ce que ça a changé pour toi ? Si non, quelles questions te poses-tu ou quelles difficultés rencontres-tu au sujet de l’argent ? 

J’ai plein d’autres réflexions en stock au sujet des échanges et de l’argent. Si ça t’intéresse, dis le moi également 🙂

Sur le même sujet : Argent et environnement : et si on arrêtait de les opposer constamment ?

Photo : David Clode sur Unsplash

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3 Commentaires

  1. Valériane

    Mettre des mots dans un premier temps m’a aidée à aller plus loin pour voir en moi ce qui faisait écho. J’ai écouté plusieurs conférences sur le sujet pour en faire ma propre popotte car je trouvais que dans la pensée “positive” il y a aussi des croyances à issue négative ! Et puis c’est en expérimentant que je découvre des parts de moi en lien avec ce sujet et ça fait son chemin… Si j’ai bien compris une chose en me retrouvant sans rentrée financière et à chercher comment payer mon loyer, c’est qu’une fois que mon système était remis en sécurité, je ressentais la confiance que j’ai toujours su me débrouiller et trouver des solutions créatives 🙂 Ce sujet me passionne, merci d’en parler 🙂

    Réponse
  2. Marcelle

    Je pense que la domination et la concentration de l’argent passe aussi par ce fait qu’on ne “peut pas parler” du sujet et comme tu disais tant qu’on y parle pas on avance pas. Moi, l’argent je le vois comme une énergie que peut faire changer les choses autour et que tout dépend de la façon dont on emploi cette énergie. Alors, parlons argent !

    Réponse
  3. Cassandre

    Ce sujet réveille beaucouuup de frustrations pour moi :
    – Dans les métiers de la transition, on se dit qu’on gagne moins d’argent qu’ailleurs.
    Donc dès qu’on est utiles à la société (de même que les métiers du social, dans l’animation…) on mérite moins d’argent ?
    – Je vois des femmes qui se concentrent sur leur bien-être, réduisent leur temps de travail pour s’épanouir sur d’autres sujets, arrêter de courir (en acceptant de gagner moins, après une lutte mentale acharnée sur leurs insécurités)… et se retrouvent avec les tâches domestiques de leur conjoint qui passe des heures au bureau (en fait qu’est-ce qu’on appelle travail ? seulement ce qui est rémunéré?)
    Bref, y’a le financement des projets et surtout le modèle de vie des gens qui sont derrière

    Réponse

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