15 novembre 2021

« Rêver l’obscur » de Starhawk : pour en finir avec la pensée qui sépare…

Depuis toute petite, j’ai une facilité à faire des liens, et aussi un vrai goût pour ça – que ce soit avec des personnes ou entre des choses, des univers, des idées. C’est facile pour moi de créer des ponts et de repérer des espaces d’intersection fertiles : j’adore sentir quand ça connecte, quand ce qui semblait opposé se nourrit et se complète.

Rapports de domination et désenchantement du monde

Hélas, on vit dans un monde qui sépare, divise et hiérarchise. Ce qui a pas mal de conséquences dramatiques, à commencer par justifier l’exploitation du vivant et tous les rapports de domination que l’on connaît (de race, de classe, de genre…) Cela crée aussi une perte de sens profonde.

À force de tout séparer (la nature et la culture, le corps et l’esprit, la terre et le ciel, les émotions et la raison, la femme et l’homme, l’ombre et la lumière… je pourrais continuer encore longtemps comme ça), on a désenchanté le monde. On ne regarde pas/plus la vie comme une toile dense faite d’interrelations complexes et nécessaires, un grand mystère qui nous englobe et où chaque chose ou être est sacré (c’est-à-dire valorisé pour son existence propre, et pas juste pour le profit qu’on peut en retirer). Nos lunettes ne laissent passer qu’une vision froide, matérialiste et ultra-rationnelle du monde – une vision partielle et désenchantée qui nous rend aveugles aux drames et souffrances de notre époque.

En finir avec la pensée qui sépare

Dans Rêver l’obscur : femmes, magie et politique, la sorcière et activiste éco-féministe Starhawk parle de cette pensée qui sépare, de comment elle détruit notre lien à nous-même, aux autres et à l’ensemble du vivant. Du profond sentiment d’impuissance, d’insignifiance et de solitude qui nous dévore le cœur et réduit à néant notre pouvoir d’action.

Car oui, une fois enfermé·e dans l’illusion que je suis séparé·e de tout ce qui m’entoure… Je suis dépossédé·e de tout pouvoir. Je n’ai plus aucune confiance en ce que je suis, ce que je sens, ce que je sais – alors je confie à des autorités extérieures (institutions, experts, médias…) la responsabilité de me dire comment je devrais penser, à quoi je devrais aspirer, qu’est-ce qui est juste, comment vivre ma vie. Or, l’objectif principal de ces autorités n’est pas le bien commun : c’est la conservation du pouvoir.

Pouvoir-sur et pouvoir-du-dedans

Starhawk propose de renverser le principe-même de ce qu’elle nomme le « pouvoir-sur », pas juste ceux·celles qui le détiennent.

Comment ? En redonnant à chacun·e la conscience de son propre pouvoir, ce qu’elle appelle le « pouvoir-du-dedans ». Et c’est là qu’intervient la magie, qui chez elle n’a rien d’un délire ésotérique. Au contraire, c’est une magie profondément ancrée dans le réel, le constat lucide que pour changer notre réalité, nous devons changer la perception que nous en avons. La magie est alors l’art de modifier notre conscience et faire circuler l’énergie pour sortir des structures hiérarchiques qui perpétuent le pouvoir-sur.

Rêver l’obscur… Et créer la transformation

(Re)connecter son pouvoir-du-dedans nous demande d’embrasser nos ombres, de « rêver l’obscur » : tout ce dont nous avons appris à avoir honte et peur, tout ce que nous taisons et gardons caché, toute cette haine de soi que nous avons intériorisée. Car là où il y a de l’inconfort et de la peur, il y a potentiel de transformation.

C’est un travail qui se fait individuellement et collectivement, réhabilitant les communautés comme « un manteau qui protège chacun de nous du froid, un filet qui nous reçoit quand nous tombons ». Sans naïveté sur les difficultés inhérentes au travail de groupe – Starhawk glisse d’ailleurs quelques méthodes et conseils pour éviter qu’il ne s’enlise… Entre autres ressources précieuses.

(Re)tisser des liens et réintégrer la toile du vivant

Il y a quelques semaines, j’ai été frappée par une évidence : (re)tisser des liens à soi, aux autres et aux vivants, voilà ce à quoi j’ai envie d’œuvrer. Des liens qui nourrissent, soutiennent et libèrent.

C’est déjà ce que je fais, bien sûr, mais ça ne m’était jamais apparu aussi clairement.

Et je m’amuse d’avoir ouvert Rêver l’obscur juste après avoir réalisé ça. Comme si j’étais enfin prête à accueillir la puissance de son message. Moi qui n’avait jamais vraiment su embrasser le féminisme, je découvre dans l’éco-féminisme une volonté d’articuler, rassembler, réunifier dans laquelle je me reconnais vraiment.

Rêver l’obscur, un texte fondateur

Il y a les livres qu’on aime bien, qu’on recommande à ses proches ou qu’on leur offre à Noël. Et puis il y a les livres qui nous bouleversent. Ceux dont chaque mot est une révélation, chaque page un feu de joie dans nos cellules. Ces livres qu’on voudrait mettre entre toutes les mains, qui nous marquent si profondément qu’ils finissent par nous accompagner partout.

Rêver l’obscur est pour moi l’un de ces livres.

Je ne sais pas comment en restituer la puissance et la richesse. Je crois qu’il n’a pas encore suffisamment décanté. Alors je te partage ce long résumé très bien écrit, si tu souhaites en savoir plus.

Pour (te) l’offrir, tu peux le trouver dans une librairie de proximité, ou le commander en ligne (lien affilé vers la librairie indépendante Decitre : une façon indolore de soutenir mon travail, sans passer par Amazinzin).

💬 Et toi, quel(s) livre(s) t’ont profondément marqué·e ? Dis le moi en commentaire.

Si tu veux approfondir ces thématiques et faire la lumière sur les représentations internes du pouvoir-sur qui influencent la façon dont tu vis ton entreprise, tes projets, ton quotidien, tu peux encore t’inscrire pour l’atelier « Dé-capitaliser » que je propose demain matin (mardi 16 novembre). Au programme, une demi-journée de réflexions, d’échanges et de partages pour gagner en liberté d’être et de faire.

À lire aussi…

4 Commentaires

  1. Marie

    Hello Anaëlle,

    Merci pour ton texte et ce nouveau livre-trésor.

    Dans la catégorie « livre bouleversant », je réponds :
    Un podcast transformé en livre : Le Cœur sur la Table, de Victoire Tuaillon.

    Le « feu de joie dans [mes] cellules », c’est exactement ce que j’ai ressenti en l’écoutant/le lisant.

    (Et je l’offrirai trois fois cette année.)

    Réponse
    • Anaelle

      Merci Marie, je l’ajoute à ma liste 😀

      Réponse
  2. Domi2b

    Bonjour,

    Entièrement d’accord avec le constat d’une obligation de coopérer pour bien vivre.

    Un des livres qui m’a marquée est « L’âge de l’empathie » de Franz de Waal, véritable leçon de vie par l’exemple des animaux, dotés d’une grande empathie, plus que certains d’entre nous, les plus dénués de cette faculté tellement vitale.

    Sinon, je te conseille d’aller jeter un œil et même signer si tu adhères à cette idée, en suivant ce lien qui mène à une invitation à coopérer :
    https://forms.gle/9k4EMnVyPdCLDFAD9

    Réponse
    • Anaelle

      Je ne connais pas ce livre, merci pour la référence ! De qui vient ce Google Forms ? Ce n’est pas indiqué.

      Réponse

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