Quand je me suis mise à faire de l’eczéma, il y a quelques années, on m’a plusieurs fois conseillée de changer de gel douche pour du Cadum ou du Sanex, supposés plus sains et plus doux pour la peau. J’ai testé les deux et je dois dire que le changement est flagrant… Quand je passe à la caisse. L’eczéma, par contre, est toujours dans la place.
Ces produits « hypoallergéniques », « doux pour la peau », « qui respectent votre intimité », c’est un peu comme vous qui prétendez faire « un petit tour de 15 kilomètres » tous les dimanches matins. C’est un mytho. Le Sanex, le Cadum et leurs copains sont, comme la plupart des gels douches, des cocktails bas de gamme faits d’eau et de substances dérivées de la pétrochimie, au mieux irritantes, au pire cancérigènes.
Comment se fait-ce ? Pourquoi n’est-ce pas interdit ? Parce qu’entre les premiers doutes sur une substance et son interdiction, il peut s’écouler plusieurs décennies (inertie, vous avez dit ?) Bien plus de temps qu’il n’en faut à une marque pour devenir LA référence en matière de peau sensible, à grands coups de spots publicitaires avec des meufs bonnes sous la douche, voire pour être recommandées par votre dermato. Pour comprendre un peu les étapes intermédiaires entre le lancement d’alerte et la réglementation, je vous invite à lire cet article de L’Observatoire des Cosmétiques : « Nos cosmétiques sont-ils sûrs ? »
Bref, nous ne sommes pas là pour un cours sur les substances toxiques dans les produits d’hygiène. Il y a déjà pléthore de sites et de blogs qui en expliquent très bien les dangers : je ne vais pas faire une revue du web pour accoucher d’un mauvais article de synthèse, j’ai déjà passé mes TPE en première, merci. Si vous voulez en savoir plus, je vous recommande les articles et vidéos de l’Essentiel de Julien, c’est très bien expliqué et c’est souvent drôle.
Parlons plutôt ALTERNATIVES : que faire si on ne veut pas se doucher avec du produit vaisselle ou du détergent industriel ? (Oui parce que si vous avez suivi, tous ces produits contiennent les mêmes substances, poke si toi aussi tu te laves avec du Paic Citron.)
Deux solutions :
- Acheter des produits bios : c’est-à-dire labellisés, et donc soumis à une réglementation plus stricte. Suivant les certifications, ces produits « écologiques » peuvent contenir jusqu’à 5% de substances synthétiques. Ce n’est pas la panacée, mais c’est déjà bien mieux que votre petit Marseillais « aux extraits naturels de plante » qui contient 1% de verveine à tout casser. Alors OUI, le bio c’est plus cher que le conventionnel, mais il y a de petites combines, comme acheter de gros formats pour payer du produit, plutôt qu’un contenant et le marketing étiqueté dessus.
- Fabriquer soi-même son gel douche écologique : C’est la seule manière d’être sûr de ce qu’il y a dans votre flacon, en plus de vous permettre de renouer avec votre petit côté créatif, trop longtemps bridé. Ça tombe bien, le web regorge de recettes, tutoriels et autres DIY pour fabriquer soi-même ses produits d’hygiène. On essaie ?
La séance de travaux pratiques : fabriquer son gel douche écologique 100% sain
Avec cette série des « tutos foireux » que j’inaugure, j’espère vous convaincre :
- Qu’il n’est pas nécessaire de passer une commande de 150 euros chez Aroma-Zone pour se lancer dans la fabrication de cosmétiques maison ;
- Qu’avoir un intérieur Instagramable ne constitue pas un pré-requis pour faire du « do it yourself », même sur un blog ;
- Et que d’ailleurs, chez les personnes normalement constituées, une séance de travaux pratiques ressemble plus à la bataille de Dien-Bien-Phu qu’à un processus rôdé : je vous laisse juger par vous-mêmes.
Pour cette expérimentation, je me suis plus qu’inspirée de différentes recettes trouvées ici ou là, merci la toile.
Ingrédients pour fabriquer un gel douche écologique
- un savon d’Alep de 200 grammes : facile à se procurer en magasin bio, sur Internet, voire en grande surface.
- deux litres d’eau : si vous pouvez atteindre le robinet, tout ira bien.
- 15 gouttes d’huiles essentielles BIO (tea tree, lavande ou autre) : en pharmacie, magasin bio, sur Internet.
- deux cuillères à soupe de glycérine végétale (et non de synthèse) : là, j’avoue, je n’ai pas trouvé d’alternative à Aroma-Zone ou au site de la slow cosmétique… Il paraît qu’il y en a parfois en pharmacie, pour ma part je n’en ai pas trouvé. Chou blanc, donc.
À ce stade, j’avais déjà fait une grosse, grosse erreur, en me disant que deux litres d’eau c’était beaucoup trop et qu’un litre suffirait. Si vous voulez diminuer la quantité de produit, diminuez aussi la quantité de savon et le reste des ingrédients, vous allez voir pourquoi.
Les étapes de fabrication d’un gel douche écologique
1) Désinfecter tout ce qui va servir à la fabrication du gel douche.
Ça veut dire faire bouillir de l’eau 10 minutes dans la casserole qui va accueillir le mélange pour la stériliser, et nettoyer ses saladiers / ustensiles à l’alcool (à 70° minimum).
2) Râper le savon.
En ce qui me concerne, je n’avais pas de râpe et j’ai donc passé une heure à découper mon savon au couteau pour en faire des morceaux aussi petits que possible. Je ne saurai que vous déconseiller cette méthode, qui a failli se terminer en drame quand le couteau a ripé et que j’ai du m’interrompre une demie-heure pour me faire un garrot au pouce. (Des scènes de guerre, je vous disais.)
3) Dans la casserole propre, déposer le savon râpé, verser un litre d’eau tiède dessus et faire fondre à feu doux en touillant le mélange pendant environ 15 minutes.
Peu pratique avec des plaques électriques… Au bout de 30 minutes à remuer une mixture qui n’était pas de la soupe, j’en étais toujours au même point : une partie du savon avait fondu, mais il restait des flotteurs. J’imagine que ça aurait mieux marché si j’avais eu une gazinière ou des plaques à induction, et si j’avais versé l’eau par étapes sur le savon râpé.
4) Ajouter les huiles essentielles et la glycérine.
J’ai choisi l’HE de tea-tree parce qu’elle a des propriétés anti-bactériennes, mais vous pouvez mettre celle qui vous plaît. L’idée c’est d’en choisir une dont vous aimez l’odeur, parce que ça va dépoter.
5) Verser la préparation dans un contenant.
Au bout de trente minutes de touillage infructueux, je me suis avouée vaincue et résignée à verser ma préparation grumeleuse dans un contenant vide, un flacon-pompe d’un ancien gel douche que j’avais gardé à cet effet, en espérant qu’elle épaississe un peu en refroidissant. Car de toute évidence, je n’allais pas pouvoir me laver avec cette eau savonneuse.
Si tout s’est bien passé pour vous, vous devriez avoir à ce stade la même chose que moi, à savoir une tambouille noirâtre et totalement liquide (mais exempte de grumeaux de savon). Ne paniquez pas, tout est sous contrôle et vous avez fait ce qu’il fallait.
6) Let the magic happen
Le soir, mon mélange était froid mais toujours liquide. Perplexité totale. J’avais pourtant enlevé un litre d’eau à la recette initiale, comment Google avait-il pu me tromper à ce point ? Ce DIY était un beau gaspillage.
SAUF.
Sauf que le lendemain, quand j’ai attrapé le flacon pour le vider, résignée à m’en tenir au rayon hygiène de la Biocoop pour me laver, mon œuvre était transfigurée. La magie avait opéré : un peu trop, même, parce qu’en fait c’était devenu un bloc de béton. D’où l’importance de mettre deux litres d’eau… Après avoir joué des maracas avec mon contenant et foré une bonne dizaine de minutes en appuyant sur la pompe, j’ai fini par réussir à extraire un peu de produit. Je dois dire que la couleur (une sorte de caca d’oie) comme la consistance (visqueuse) étaient pour le moins… inhabituels.
Le gel douche écologique maison, à l’usage ?
Vous l’aurez compris, je ne suis pas convaincue, mais c’est aussi et surtout parce que je n’ai pas respecté les consignes ! Après, c’est certain, ça lave normalement, ça sent bon l’huile essentielle et la glycérine fait que vous n’avez pas la peau qui tire en sortant de la douche. Il faut juste le secouer systématiquement avant utilisation, sinon on se retrouve avec une phase liquide et une phase solide.
Attention, comme ce gel douche écologique contient beaucoup d’eau et aucun conservateur, il ne se garde pas très longtemps. Si vous n’avez pas de famille nombreuse et si vous ne buvez pas de gel douche au petit-déjeuner, je vous conseille d’utiliser seulement 100 grammes de savon d’Alep et un litre d’eau. En plus, si vous foirez le premier essai, vous pourrez retenter avec l’autre moitié du savon.
Et après ?
Quand j’aurais terminé d’utilisé mon-gel-douche-que-c’est-moi-qui-l’ai-fait, j’ai bien envie de tester les savons solides saponifiés à froid de la marque Gaiia, qui promettent de remplacer nettoyant visage, démaquillant, gel douche et shampooing. Intéressant quand on pense également à la réduction de ses déchets (et à la santé de son portefeuille…)
Avez-vous également testé la fabrication de gel douche écologique maison ? Quelles sont vos astuces pour réussir vos préparations ? Quels produits utilisez-vous pour la toilette quotidienne ?
Bonjour,
Pourquoi ne pas utiliser directement le savon d’Alep ? ça lave aussi, c’est pas agressif pour la peau (contrairement aux huiles essentielles qui peuvent être un peu irritantes) et en plus c’est déjà tout prêt.
Bonjour ! En effet, il est possible d’utiliser directement du savon d’Alep pour la douche. J’ai voulu faire un gel douche car je trouve ça plus pratique à utiliser.