27 janvier 2022

« Accepter ce qui est » : mais p*tain, ça veut dire quoi ?

Aujourd’hui, j’ai envie de te parler d’acceptation et de lâcher-prise. J’ai mis du temps à comprendre et surtout à intégrer ce que ça veut dire, « accepter ce qui est ». Tout le monde en parle, que ce soit en philosophie, en spiritualité, en psychologie, ou plus récemment dans le « développement personnel »… Mais pas grand-monde comprend ce que ça veut dire. Du coup j’espère t’aider un peu à ça.

Est-ce que toi aussi, quand quelqu’un t’invite à « lâcher prise », le seul truc que tu réussis à faire, c’est de te retenir de lui crever les yeux ?

Oui ? Been there. Je compatis.

On m’a maintes fois recommandé de « ne pas lutter contre la réalité ». Parce que c’est inutile (la réalité est ce qu’elle est) et douloureux (m’acharner sur ce que je ne peux pas changer est voué à l’échec, et ne peut donc provoquer que de la souffrance).

Et chaque fois qu’on me l’a dit, ça me provoquait deux réactions simultanées :

  • une part de moi entrevoyait la possibilité d’un soulagement durable de mes souffrances, et avait envie de hurler : « Je suis 100% partante mais bordel, comment on fait ??? » ;
  • une part de moi était désemparée, voire révoltée : « Si je ne lutte plus contre la réalité, alors ça veut dire que je me fous de tout et que je ne fais plus rien pour changer ce qui cloche… C’est pas possible ! »

Si tu te reconnais là-dedans, ou si ça pique ta curiosité, cet article est pour toi 🙂

L’acceptation, le lâcher prise… c’est quoi ?

Dès qu’on aborde l’acceptation, c’est toujours le même faux dilemme qui se présente à nous :

  • option A : y arriver mais se foutre de tout ;
  • option B : ne pas y arriver et continuer de souffrir (beaucoup).

Or le concept d’ « accepter ce qui est »… Bah c’est l’option C.

Petit warning préalable :

L’acceptation et le lâcher-prise ne se comprennent pas : ils se vivent.

La compréhension intellectuelle de ces concepts peut être une première étape (et j’espère te donner des billes pour ça). Mais ça. N’est pas. Les vivre.

Ça, y’a que toi qui peut t’y coller. Ça va te demander d’expérimenter l’ouverture, la non-résistance à ce que tu vis, la traversée d’émotions inconfortables… Jusqu’à ce que tu trouves ta manière d’accepter ce qui est. Personne ne peut le faire à ta place.

Je pose ça là dès le début, étant la championne toutes catégories pour comprendre les trucs au lieu de les vivre (et pas la seule de l’assistance, pas vrai ?).

Je précise aussi que les concepts d’acceptation et de lâcher prise ne sont pas des variantes spirituelles de « Bah t’as qu’à te détendre ! » (conseil élu le plus inutile du monde par un jury de personnes stressées). Mais je reconnais que parfois, on peut se sentir tellement démuni·es pour y arriver… Qu’on a l’impression que c’est impossible.

Je n’ai pas appris l’acceptation et le lâcher-prise dans les livres (ni sur les blogs 😉). Je les ai appris par moi-même, en restant présente à ce que je vis, plutôt qu’à le refouler ou le contourner en cherchant aussitôt une solution.

Être guidée et soutenue par des accompagnant·es m’a facilité la tâche. Et iels ne sont pas si nombreux·ses, les accompagnant·es qui ne fuient pas leur propre inconfort face à tes émotions en t’amenant tout plein de solutions, mais tiennent l’espace pour que tu te laisses traverser en sécurité. Pourtant, ça permet un tel allègement, une telle reprise de pouvoir… Que personnellement, je l’ai mis au centre de mes propres accompagnements.

Mais bref. Pour moi, l’acceptation et le lâcher-prise vont ensemble – même si je mets une légère différence entre les deux :

  • L’acceptation, c’est une posture interne d’ouverture et de non-résistance à ce que tu vis, qui peut t’éviter beaucoup de souffrances inutiles et d’énergie gaspillée à lutter. Bien sûr, il y a des moments où c’est juste pas possible d’être dans l’acceptation (par exemple, quand tu perds un être cher) et c’est OK. L’acceptation n’est pas un concours, ni même un but dans la vie. Mais quand tu peux être dans cet état-là, beaucoup de choses deviennent plus légères et plus faciles pour toi.
  • Le lâcher-prise, c’est l’art de lâcher ce sur quoi tu n’as aucun pouvoir, pour mettre toute ton attention, ton énergie et tes efforts sur ce sur quoi tu as du pouvoir. On pourrait penser que ça restreint ton champ d’action… Mais pas du tout. Ça recentre tes efforts là où ils ont le plus d’impact, là où tu es plus puissant·e. Et ça crée des trucs de ouf – on en reparlera.

L’acceptation est donc une condition du lâcher-prise.

Accepter ce qui est : quelques exemples pour comprendre l’idée

Comme les considérations abstraites ne sont pas très aidantes pour comprendre et vivre ces notions, je vais t’illustrer l’acceptation et le lâcher-prise avec des exemples concrets.

Situation A : Je suis malheureux·se au travail

Imaginons que tu sois malheureux·se dans ton travail, que tu n’y trouves plus de sens. Entrer en lutte contre cette réalité, ça peut ressembler à :

  • Relativiser ce que tu vis : « Mon job n’est pas si terrible, il y a des gens qui sont plus à plaindre… »
  • Passer en mode warrior : « Je vais serrer les dents et me blinder, comme ça je ne souffrirais plus. »
  • Te forcer à positiver : « Allez, on a quand même 7 semaines de congés et une super cantine d’entreprise ! »
  • Chercher à tout expliquer et sur-analyser : « C’est parce que j’ai grandi à la campagne, du coup je ne supporte pas d’être enfermé·e dans un bureau, ah si seulement je n’avais pas passé tout ce temps dehors… »
  • Te juger : « J’ai tout pour être heureux·se, mais je suis incapable de me contenter de ça, qu’est-ce qui cloche chez moi… ? »
  • Blâmer l’extérieur : « C’est la faute de mes collègues si je me sens mal au travail, ils sont inefficaces au possible. »
  • Fuir dans une réalité alternative : « Si mon·ma boss communiquait davantage, ça se passerait mieux… »

Liste non exhaustive, évidemment : quand il s’agit d’inventer des histoires pour ne pas se confronter au ressenti brut et désagréable du moment, sky is the limit de notre imagination.

Revenons donc aux bases : la réalité, c’est quoi ? C’est que tu es malheureux·se au travail.

Et tout le reste est littérature.

Tant que tu n’es pas prêtte à te confronter à cette vérité toute nue, tu vas mettre de l’énergie à faire autre chose. Nier. Minimiser. Contourner. Fuir. Lutter. Te mentir. Bref, refuser ce que tu es DÉJÀ en train de vivre (car oui, tu es déjà malheureux·se au travail, du coup pourquoi fuir cette réalité ?).

Je taquine, mais il faut du courage pour rester assis·e avec ce constat, sans chercher immédiatement un pansement, une solution, une porte de sortie. Pour accueillir la tristesse, le découragement, la colère, le désarroi… Et tout ce qui vient.

Et pourtant, c’est quand tu es capable de regarder la réalité en face, et d’accueillir les émotions en lien avec ça, que derrière, le calme et l’ouverture te sont accessibles. Que des choses que tu ne voyais pas peuvent apparaître comme des évidences. C’est de cet espace tranquille que tu peux poser les décisions et les actions vraiment justes pour toi. Parce que ces ressentis qui te traversent (et que tu mets tant d’efforts à remballer) contiennent de précieuses informations sur tes besoins, limites, valeurs, désirs – et à quel point ils sont satisfaits et respectés (ou pas).

Accepter « Je suis malheureux·se dans mon travail », ce n’est pas se résigner à être malheureux·se au travail.

C’est prendre la pleine mesure de la situation, pour te donner les moyens de la changer d’une façon juste et efficace pour toi.

Car une fois que tu cesses de mettre de l’énergie à contourner le problème, tu peux la mettre à faire évoluer ton poste et tes conditions de travail, à postuler ailleurs, faire un break, monter ta boîte… Bref, à répondre à tes besoins en travaillant avec la réalité telle qu’elle est (et non telle qu’elle devrait être) pour tendre vers le changement auquel tu aspires.

C’est amusant de noter que l’option A et l’option B peuvent mener aux mêmes choix. Je peux quitter mon job pour fuir mon inconfort actuel… Ou parce que j’ai ressenti que c’était la bonne décision pour moi.

Alors quelle différence, me diras-tu ? Well, quand tu choisis à partir d’un espace de fuite ou de manque, le soulagement est de courte durée (voire inexistant) : comme tu n’as pas pris conscience des besoins profonds non-satisfaits, tu vas assez vite reproduire le schéma ailleurs, revivre la même situation dans un autre contexte. Ce qui est extrêmement frustrant et décourageant, on est bien d’accord. (Je connais.)

Quand tu choisis à partir d’un espace d’acceptation et de reconnaissance, tu as de la clarté sur ce que tu veux, de l’énergie et de la détermination pour l’atteindre. C’est plus facile de prendre des décisions courageuses et de maintenir ton engagement dans le temps malgré les obstacles… Parce que tu sais pourquoi tu le fais, parce que c’est juste pour toi.

Situation B : Je suis révolté·e par la destruction du vivant

Si tu es révolté·e par l’actuelle destruction du vivant, l’acceptation, ce n’est pas de te résigner à ce que la biosphère se fasse dégommer, apprendre à t’en foutre et YOLO. (Enfin ça peut, mais j’y crois pas trop.)

C’est accepter comment tu te sens face à cette situation. Accueillir ce qui s’agite en toi quand tu observes la destruction des écosystèmes, le détraquement du climat, les injustices environnementales. Faire de la place à l’indignation, à l’angoisse, au désespoir, à la tristesse et à  tout ce qui vient. Honorer toutes ces émotions normales et saines, les vivre pour ne pas les laisser stagner en toi, les laisser t’informer de ce qui compte pour toi et de pourquoi tu as envie de soutenir le vivant. Ça devient ton réservoir d’énergie pour te mettre en action, un réservoir qui n’est pas troué.

Tu peux décider de devenir zéro déchet pour contourner tes angoisses, ou parce que ça a profondément du sens pour toi.

Quand c’est posé à partir d’un espace de fuite, tu risques d’être régulièrement traversé·e par du découragement, des « à quoi bon », de l’injustice (« pourquoi je devrais faire des efforts alors que les autres n’en font pas ? »).

Quand c’est un choix posé à partir d’un espace tranquille, tu fais, et ça sonne juste pour toi. Ça te donne de l’énergie et de la motivation, ça t’aide à faire des choix difficiles mais qui ont du sens pour ton cœur. Peut-être que ça t’amènerait à changer radicalement de mode de vie, plutôt qu’à t’auto-convaincre que tes compromis actuels sont inévitables. Ou peut-être pas.

Je suis convaincue que si le sport mondial n’était pas la lutte contre la réalité, nous serions beaucoup plus avancé·es dans la lutte contre le réchauffement climatique et le saccage de la biosphère.

L’art de ne pas lutter contre la réalité… Mais d’accepter comment tu te sens face à elle

Bien sûr, une décision juste à un moment peut ne plus l’être à un autre. Mais quand le hamster est reparti dans sa roue… Tu peux être sûr·e que tu as recommencé à lutter contre quelque chose. Et encore une fois, c’est OK : moi la première, je me tape régulièrement la tête contre les murs, parce que je trouve ce monde complètement dingue et butte sur mon impuissance à le changer.

Il n’y a pas de médaille à gagner à être dans l’acceptation, ça ne fait pas de toi un·e meilleur·e humain·e ou un être spirituellement plus élevé. Mais si c’est toujours les mêmes pensées et problèmes qui tournent en boucle dans ta tête et que tu en as marre de ça, alors ça vaut le coup d’essayer. (Et bien sûr, si c’est trop difficile ou que tu ressens le besoin d’être accompagné·e, je t’invite à aller voir un·e thérapeute qualifié·e.)

Bref, on pourrait reformuler « Accepter ce qui est » en « prendre en compte la réalité », « reconnaître ce que je vis » ou encore « accepter comment je me sens face à ce qui est ».

Peut-être que j’ai l’air de me palucher sur les mots et que ça ne t’aide absolument pas à saisir l’idée : tu me diras… Mais je peux t’assurer que ça fait une différence énorme à l’intérieur. Si tu l’expérimentes, raconte moi.

Quand je suis dans l’acceptation et le lâcher-prise, j’ai une sensation de justesse, de fluidité, de cohérence, de clarté, d’ouverture, de courage… Et aussi un sentiment d’amour énorme.

Je fais plus de choses, et je suis plus efficace quand je les fais. Je prends des décisions que je n’osais pas prendre, et j’arrive à les tenir malgré la peur et l’inconfort (qui sont présents, et que je reconnais).

Quand j’agis sur une base de refus de la réalité, mon énergie se vide très rapidement et je tourne en rond avec l’impression que ma vie c’est « Un jour sans fin ». Et ça franchement, j’en ai ma claque.

Pas toi ?

Je me réjouis de te lire.


🌀 Atelier de Travail qui relie dans les Pyrénées

Je profite de ce sujet cher à mon coeur pour te partager une info trop chouette : en avril, je participe à un stage de Travail qui relie animé par mes copines Brianne et Amélie.

C’est en plein dans le sujet de l’acceptation et du lâcher-prise, puisque l’objectif du TQR, c’est de développer notre capacité à accueillir ce que nous vivons (la gratitude comme la peine) face aux crises actuelles, renforcer notre résilience… Et nous remettre en action, avec énergie et créativité.

📆  Ça se passe à Asque dans les Hautes-Pyrénées (65) du 18 avril au soir au 23 avril matin, dans un lieu incroyable et en pension complète végétarienne. Toutes les infos sont sur cette page.

Je n’ai encore jamais vécu d’atelier de Travail qui relie, mais quand je vois le soin et l’intention que Brianne et Amélie mettent à l’organiser, je peux t’assurer que ça va être incroyable. Pour en savoir plus sur elles et sur le TQR, tu peux regarder l’interview que j’ai faite d’elles en mars 2020.

J’adorerais partager ce moment hors du temps avec des tortues, alors si tu sens que cette retraite t’appelle, rejoins-nous ! Pour info, il n’y a que 14 places, et plus les participant·es s’inscrivent tôt, plus les organisatrices peuvent mettre leur énergie à peaufiner les détails plutôt qu’à se casser la tête sur la logistique 😉

travail qui relie accepter ses émotions

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4 Commentaires

  1. Gladys

    Bonjour Anaelle,

    Je me reconnais bien dans le fait de prendre des décisions de changement sur une goutte d’eau qui fait débordée le vase sans que je ressente un mieux être durable.
    c’est un vrai exercice du quotidien pour transformer les réflexes habituels et arriver quelque fois à être dans ce que tu décrits. Merci beaucoup pour ton article très compréhensible et bien écrit ☺️

    Réponse
    • Anaelle

      Merci pour ton message Gladys, comme tu dis c’est un exercice quotidien, et quel bonheur quand on touche l’acceptation parfois 🙂

      Réponse
  2. Elodye H. FREDWELL

    Bonjour,
    Merci pour cet article. Les situations données sont celles que je ressens en ce moment-même. J’aimerais changer les choses, avoir un boulot qui m’épanoui plus, comme au début, et être plus active face au changement climatique. Je suis angoissée parce que je ne trouve pas ce sens si précieux pour continuer de vivre une vie sereine. On me dit beaucoup de lâcher prise et d’accepter, mais comme toi, je me suis demandée comment faire.

    Je suis suivie psychologiquement, je discute énormément de ces sujets, et me mettre face à l’acceptation sera la prochaine étape. Reste à savoir ce qui en découlera.

    Merci pour cet article, encore une fois, qui est un peu une bouée dans mon quotidien tout terne et monotone. Je sens déjà que j’y reviendrais souvent !

    Belle journée

    Réponse
    • Anaelle

      Merci pour ton témoignage Elodye. Ne pas lutter contre ce que tu ressens, c’est la première étape vers un changement. Et bravo de savoir te faire aider face à ces difficultés, vraiment.

      Réponse

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