Nutrition, santé… Méfiez-vous des Internets ! (Conseils d’une rédactrice web)

Temps de lecture : 4 minutes

Voilà bientôt 6 mois que je travaille comme rédactrice web indépendante à Bordeaux. C’est peu, et en même temps, c’est suffisant pour en tirer quelques enseignements. Notamment en ce qui concerne l’information qu’on trouve en ligne. Je vous donne quelques explications.

Je vous épargne le pamphlet sur la rémunération et les conditions de travail des journalistes et rédacteurs web. Parfois tellement scandaleuses qu’il n’y a que des étudiants ou des professionnels précaires et pas très avertis pour les accepter. Voire des bénévoles invétérés. Ceci explique pour partie la piètre qualité de nombreux contenus web.

La course au référencement

Je m’explique : l’objectif de tout site Internet est d’être bien référencé. En gros, si vous vendez des chaudières à Longcochon (dans le Jura, donc), votre objectif est que tout Internaute qui tape « chaudière Longcochon » dans sa barre de recherche tombe sur votre site en premier. Mais cela ne se fait pas tout seul.

Pour classer les résultats, Google utilise tout un tas de critères avec des combinaisons complexes (qu’on appelle algorithmes). Certaines règles sont bien connues (placer ses mots-clés aux bons endroits de son site, par exemple), et d’autres plus mystérieuses. Surtout, ces algorithmes changent tout le temps et les contenus de mauvaise qualité sont sanctionnés, pour ne pas qu’il y ait trop de triche. Ainsi, si vous écrivez « chaudière Longcochon » sur vingt-huit lignes en page d’accueil de votre site, vous serez très vite pénalisé par Google (qui considèrera à juste titre que vous vous foutez de sa gueule). Et donc relégué dans les tréfonds des Internets, avec peu de chances de sortir de la mouise, sauf à récréer un autre site.

L’ère du contenu pertinent

Les algorithmes de Google sont un peu obscurs, mais depuis quelques temps, il est entendu que des publications régulières et pertinentes vous apporteront un meilleur référencement. Comprendre : pour apparaître en premier dans Google, mieux vaut publier régulièrement des pages et articles en rapport avec votre sujet, bien calibrées pour la lecture par les robots et surtout intéressantes pour l’Internaute. Ainsi, celui-ci passera plus de temps sur votre site.

Cette règle explique le fleurissement des sections « blog » sur le web. C’est en effet un format idéal pour publier régulièrement du contenu. Malheureusement, de nombreux sites ne retiennent que l’aspect quantitatif (publier un maximum d’articles), au détriment de la qualité des posts. Trop peu de temps et de budget alloué au contenu web aboutit à une stratégie de webmarketing au rabais. À mon humble avis, c’est une mauvaise idée qui se paiera sur le long terme. Car Google n’aime pas les sites tout pourris.

Des rédacteurs web priés d’usiner

Que se passe-t-il chez la rédactrice web ? On vous propose 1 400 euros pour 20 articles mensuels de 1 500 mots. Un feuillet correspondant à 300 mots, on arrive donc à 14 euros le feuillet. Or, si vous voulez bouffer à la fin du mois, il est vivement recommandé de ne pas facturer moins de 50 euros le feuillet (voir le baromètre des tarifs de la rédaction web). Trois options s’offrent alors à vous :

  • Écrire un feuillet en 30 minutes – recherche de documentation incluse – pour rentrer dans vos frais : ceci exclut toute possibilité de rédiger un article lisible.
  • Y consacrer plus de temps : ça veut dire que vous faites un peu de mécénat de compétences (ou le tapin, sinon).
  • Décliner l’offre (indice : une seule bonne réponse).

Je ne vous parle même pas des plateformes web qui vous promettent les services de rédacteurs à des prix imbattables. Sachez qu’elles rémunèrent ceux-ci environ 5 euros de l’heure. Il faut voir ensuite la tronche de votre article.

Internet ou la boucle fermée

BREF. Dans ces conditions, ne pas s’étonner qu’une part non négligeable du contenu diffusé sur Internet soit NASE. Je ne parle même pas de l’orthographe et de la syntaxe désastreuse des rédacteurs payés avec des Carambars. Ni des copier-coller sauvages (et qui seront sanctionnés tôt ou tard, GOOGLE IS WATCHING YOU), je parle du fond. Vous l’avez compris, très peu de rédacteurs ou même de journalistes web peuvent s’accorder le loisir de vérifier leurs informations, faute de temps.

Du coup, de très nombreux articles en ligne ne sont que des synthèses d’autres articles trouvés sur les Internets. Exactement comme votre exposé de 4e sur Rosa Parks, oui. Que ceux qui n’ont jamais procédé de la sorte jettent la première pierre aux pigistes et autres freelances.

Avec l’urgence qui caractérise le traitement de l’information aujourd’hui, et la mode des titres d’articles « putaclic », il suffit que n’importe qui écrive n’importe quoi (pas besoin de citer ses sources sur Internet, c’est génial) pour que quelques jours après, l’information soit reprise et diffusée partout sur le Net. Sans même qu’on sache d’où c’est parti.

Évidemment, les sites sérieux ne font pas ça. Mais les autres, oui, et souvent sans penser à mal, en toute bonne foi. On a tendance à faire confiance à ce qui est en ligne, oubliant que diffuser une information par ce biais ne nous dispense pas de la vérifier.

Journaliste, une profession à part entière

Internet est une révolution merveilleuse qui apporte aussi son lot d’inconvénients. L’un d’entre eux, et pas des moindres, c’est que n’importe qui peut écrire et publier du contenu. Donc, si nous ne prenons pas garde à ce que nous lisons, aimons, partageons, relayons, nous risquons fort de cautionner de la merde. Car si le journalisme est une profession qui obéit à un code de déontologie et des règles strictes, ce n’est pas pour rien.

Résultat, nous autres, pauvres Internautes, sommes perdus, confus, livrés à nous-mêmes.

Sur les sujets bien particuliers que sont l’alimentation, la santé, le bien-être, la consommation, le sport, etc. s’ajoute le fléau des blogueuses qui s’improvisent expertes. Qu’elles soient autoproclamées spécialistes ou simplement considérées comme telles par un lectorat avide de conseils et de recettes miracles, le problème reste le même.

Je le sais, parce que moi-même, j’ai connu cette période où je mettais en doute la parole de médecins parce qu’unetelle avait écrit sur son blog que tel produit l’avait sauvée. Avant d’en revenir, assez épatée par ma bêtise. Il n’y a que les idiots qui…

Quelques conseils pour survivre sur la toile

rédacteurs web à la rescousse
Keep cool, Justin est là.

Tout ceci étant dit, que faire ? Faut-il résilier son abonnement Internet et ne plus lire que des revues spécialisées ?

Ne paniquons pas, il n’est pas interdit de lire et de se renseigner sur le ouèbe. À condition d’être attentif et d’exercer votre esprit critique. Qui écrit ? Les sources sont-elles citées et sont-elles fiables ? Y a t-il des conflits d’intérêt ? Benjamin de Naturacoach, qui accomplit un travail remarquable de sérieux, vous l’expliquera bien mieux que moi.

Si vous avez des problèmes spécifiques ou de santé, allez voir un professionnel. La médecine n’est certes pas parfaite. Mais si vous n’êtes pas en confiance avec la personne qui s’occupe de vous, changez de médecin plutôt que de vous auto-soigner par Internet.

2 commentaires

  1. Christine - le carnet sur l'étagère Répondre

    J’aime ton article, il va droit au but et c’est la réalité du web.
    Malheureusement trop d’infos tue l’info, on ne sait plus ce qu’on doit croire ou pas, tellement il y en a !
    Sans compter les articles de buzz, les hoax (combien de fois je le dis aux gens crédules sur les réseaux sociaux qui ne vérifient pas les sources et font tout un patacaisse avec une fausse info !).
    Au début je ne citais pas mes sources sur mon blog mais maintenant j’essaie de la faire et c’est vrai que c’est chronophage.

    • Anaelle Auteur de l’articleRépondre

      Merci Christine ! En effet, on peut ressentir un certain épuisement face au tourbillon d’informations auquel nous sommes confrontés. Citer tes sources est tout à ton honneur, je suis certaine que les lecteurs ne s’y tromperont pas, à la longue.

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