10 décembre 2021

L’art subtil de jouer selon ses propres règles

Cette semaine, j’ai remarqué un nouvel avantage d’avoir presque quitté les réseaux sociaux (et ne pas consulter la presse) : on peut plus me taper sur le système avec des marronniers. Rien sur les fêtes de fin d’année, zéro invitation à préparer 2022. Pas même une petite info sur ce truc qui commence par co et qui finit par vid. Bref : si tu satures d’un sujet, je te recommande la diète informationnelle, mère de toutes les paix intérieures.

Cette année, j’expérimente donc une absence totale d’injonctions à faire quoi que ce soit, puisque je ne lis et n’écoute plus rien – à part ce qui m’intéresse. Ce qui me laisse beaucoup plus d’espace pour sentir si et comment j’ai envie de fêter Noël, si et comment j’ai envie de faire le bilan de 2021, si et comment j’ai envie de poser mes intentions pour 2022.

Et il se trouve que j’en ai envie. Mais à ma façon, bien sûr 🙂

Redonner du sens aux rituels de fin d’année

Dans des périodes comme celles-ci, où tout le monde se plie aux mêmes rituels, j’éprouve souvent une très chatouilleuse envie de dire merde. Comme ça, par principe. Parce que les effets de masse m’énervent. C’est une posture, évidemment : un truc que mon ego a inventé pour se sentir mieux que les autres, et donc rassuré. (Note que les techniques de l’ego sont toujours foireuses. Mais ça part d’un élan d’amour et de protection pour soi : reste à mettre cet élan au bon endroit.)

Jouer les rebelles, refuser quelque chose « parce que tout le monde le fait » sans m’interroger sur ce que ça signifie pour moi, et ce que ça peut m’apporter… Dans le fond c’est con. C’est de l’énergie gaspillée à s’opposer, plutôt qu’à faire ce qui me convient. Et c’est pareil dans l’autre sens : céder à la pression sociale sans prendre le temps de sentir ce qui est OK ou non pour moi, ça ne m’apporte rien. À part la prouesse de cracher de la fumée par tous les orifices.

Il se trouve que cette fois, j’ai envie de célébrer la fin d’année, avec mes proches et puis aussi de moi à moi, dans mes carnets. Pas parce que je vois tout le monde le faire et que somehow, je m’y sens obligée. Mais parce que ça a du sens pour moi cette année.

Les fêtes auront le sens qu’on y met

Les rites de passage, les traditions, les rituels (et même les marronniers) portent toujours quelque chose de vrai. On les a pas instaurés juste pour persécuter le monde et meubler le JT de 13 heures : à l’origine, ça a du sens. Mais oui, parfois (souvent), ça finit par être dévoyé. Récupéré commercialement, instrumentalisé politiquement, standardisé par notre fâcheuse tendance à s’imiter les un·es les autres pour se rassurer.

Et donc on a fini par intégrer que l’esprit de Noël, c’est craquer un mois de salaire en cadeaux et victuailles, et se mettre la vésicule au bain-marie pour satisfaire tout le monde. Or ce n’est que le résultat d’un matraquage publicitaire, combiné à la magie du conformisme social. En réalité, Noël est l’ancêtre de Yule : la fête du solstice. Depuis des millénaires, c’est un temps de repos et de rassemblement au sein du foyer, où l’on célèbre l’apogée de l’hiver et le retour de la lumière. Rien à voir avec une crise de nerfs au rayon scrapbook d’un Cultura bondé.

Dans le fond, même le sens “initial” de Noël on s’en fout : ce qui est intéressant, c’est le sens que chacun·e lui donne. Ou ne lui donne pas d’ailleurs : on peut n’avoir aucune envie de célébrer, il n’y a rien à redire à ça. (L’an dernier, on a passé le Nouvel An à 4. Pas de fête, pas de cotillons. Je crois même qu’on était au lit à 23h30. Et c’était bien.)

Est-ce qu’on prend le temps de se poser la question, puis de faire des choix cohérents avec ça ? Personnellement, ça ne fait pas si longtemps que je fais ça…

Mettre le bilan de fin d’année à son service

C’est pareil avec les autres rituels de fin d’année. Faire un bilan, poser des objectifs, OK, mais au service de quoi ? Ça n’a de sens et d’utilité que si on en a vraiment envie, que si on sait pourquoi on le fait.

Il m’a fallu du temps pour comprendre (et sentir) à quoi ça sert, de clôturer une année. Moi j’ai plutôt tendance à fixer ce qu’il reste à faire, sans jamais célébrer le chemin parcouru. Or c’est épuisant à la longue. J’ai donc appris à honorer ce qui a été fait, ce qui m’amène beaucoup de douceur et de satisfaction.

Il m’a aussi fallu du temps pour mettre mes objectifs à mon service – plutôt que l’inverse. C’est pas simple, de fixer des objectifs qui vont être un soutien, plutôt qu’une nouvelle corde avec laquelle se flageller. En 2021, j’ai appris à fixer des intentions claires, qui m’aident à me diriger sur les mers d’huile aussi bien que dans les tempêtes. Je ne subis plus mon quotidien, je n’attends plus que des choses « m’arrivent ». Je fais des choix pour les créer.

Bien sûr, ça ne se passe pas toujours comme espéré. Et parfois je change d’objectif en cours de route. Mais poser tout ça me met en mouvement. Cette année, par exemple, j’ai fixé l’objectif de déménager à la montagne dans l’été. Le 20 août, on récupérait les clés de notre maison dans le Béarn. Poser clairement l’intention nous à mis en marche pour la concrétiser, même si la réalité nous a mis des bâtons dans les roues.

J’ai mis quelques années pour machiner tout ça. Trouver par quel bout prendre ces exercices pour qu’ils soient un soutien et non une corvée. Il m’a fallu apprivoiser les objectifs pour les mettre au service d’autre chose que la performance et la course à toujours plus.

Plusieurs années de suite, j’ai fait des bilans et fixé des objectifs parce que tout le monde le faisait. Pas parce que je comprenais l’utilité pour moi. C’était pénible et le résultat ne me ressemblait pas. Mais une fois que j’ai pu inventer mes règles, le jeu est devenu très drôle à jouer.

🌟 À venir : 2 mois pour mettre le cœur aux commandes !

Ces réflexions m’ont donné envie de créer un programme en décembre et janvier, pour ceux·celles qui veulent clore 2021 en conscience et entrer dans 2022 les yeux grands ouverts. On s’active en coulisses avec Marion : l’offre sera prête en milieu de semaine prochaine, à un prix très abordable. On est toutes excitées de lancer ça ! Si tu es intéressé·e, dis moi en commentaire ou par message ce que tu aimerais trouver dans ce programme, qu’est-ce qui te pose des difficultés quand tu fais ton bilan et fixe tes objectifs… J’en tiendrais compte dans la création des modules et des lives. J’ai à cœur que ce programme soit un vrai soutien pour que 2022 soit l’année où tu mets le cœur aux commandes !

Apprendre à jouer selon ses propres règles

J’ai envie de terminer ce billet sur une réflexion : on passe beaucoup de temps à jouer des jeux qui nous déplaisent, ou à les refuser en bloc. Comme si on ne pouvait que se soumettre ou bien se rebeller. Pourtant, on peut aussi inventer ses propres règles. Ou simplement ne pas jouer.

J’ai joué le jeu des réseaux sociaux pendant des années – tout en trouvant leurs règles absurdes et détestables. Multiplier les publications creuses mais qui-suscitent-des-réactions pour charmer des algorithmes, crier dans le brouhaha et ruser pour capter l’attention des lecteurs… Tout ça m’a toujours foncièrement déplu, et pourtant j’ai joué. Il n’y a que sur Facebook que j’ai su réinventer les règles pour m’y amuser. Et puis à un moment je ne supportais plus le jeu. Alors j’ai arrêté.

J’ai joué le jeu d’étudier à Sciences Po, parce que c’est là qu’on envoie beaucoup d’intellos paumé·es. J’y ai détesté le règne de la théorie, la pseudo-ouverture d’esprit, la reproduction sociale et le sexisme omniprésent. Et pourtant je m’y suis pliée, avec beaucoup de zèle et sans jamais m’arrêter de pester. Beaucoup d’énergie gaspillée.

J’ai joué le jeu de relations faux-cul : je me suis contorsionnée pour plaire à des gens que je ne pouvais pas piffrer, juste pour me sentir valorisée.

J’ai joué tout un tas de jeux absurdes pour les mêmes raisons que tout le monde : parce que je voulais qu’on m’aime, qu’on m’accorde de l’attention, qu’on me rassure sur qui j’étais. Et plus je me pliais à des règles qui m’ulcéraient, plus je me détestais de le faire… Et plus je me sentais seule et insécurisée.

Endosser le rôle de bon·ne élève d’un système qui nous débecte, c’est signer un contrat longue durée de faible estime et de désamour pour soi. Faire des trucs sans savoir pourquoi on les fait, c’est la recette parfaite pour ressentir son impuissance et vider son énergie.

Alors pour cette fin d’année, quels que soient les jeux qu’on nous propose de jouer, je nous invite à sortir de la réaction bon·ne élève / rebelle pour inventer l’art subtil de jouer selon ses propres règles. C’est un art qui se réinvente en permanence, et qui amène beaucoup de gaieté.

C’est aussi un acte d’amour pour soi, première brique d’un monde plus apaisé. Et c’est le monde que je nous souhaite de voir émerger.

Photo à la une : Jack Plant sur Unsplash

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4 Commentaires

  1. Sandra

    J’aime beaucoup le fait que tu reviennes sur les origines de noel. Merci car cela me permet de remettre le véritable sens à Noël : les retrouvailles en famille, le solstice d’hiver … c’est tellement plus profond et authentique ! Je vais faire germer cette belle graine dans ma famille <3 merci beaucoup !

    Réponse
  2. Laurie

    Bonjour Anaëlle !

    Comme toujours, voici un article superbe ! J’ai adoré le lire et je partage encore et toujours les mêmes opinions que toi. Je trouve que tu as une réflexion poussée et profonde sur des questions très intéressantes. Comme toi, j’ai très souvent joué des rôles qui n’étaient pas moi, simplement pour être aimée ou faire plaisir. Mais j’étais en désaccord avec moi-même et mes envies personnelles.

    Pour Noël, depuis que je tends vers une démarche écologique et minimaliste, j’ai dû mal à faire comme tout le monde : dire ce que j’aimerais comme cadeaux pour ce jour si spécial. Mais en vrai… je n’ai besoin de rien. Et il faut quand même trouver quelque chose… Même ma mère m’a demandé si je pouvais trouver d’autres choses car la liste que j’avais dressée n’était pas assez grande ! Alors, doit-on s’obliger à créer des besoins futiles pour être « normale » ?

    Et surtout : doit-on faire comme tout le monde ? Je ne pense pas. Mais je n’ai pas toujours choisi de vivre selon mes propres envies. Je me suis forcée à être extravertie pour être aimée de tout le monde (alors que je suis introvertie et timide ! ^^). Je me suis forcée à tenter un master pour paraître « prestigieuse ». Et encore tant d’autres choses… Aujourd’hui, je ne suis plus les codes : je vis au milieu de nulle part dans les Pyrénées, loin de la surconsommation, je cultive des légumes, tends vers le zéro déchet et je travaille sur le web ! Rien de plus atypique ! Au contraire : il s’agit d’un profil qui ne correspond en rien à la norme ! ^^ Personne ne me comprend mais je m’en fiche. Je suis heureuse comme ça.

    Merci infiniment pour ce formidable article ! 🙂

    Réponse
    • Anaelle

      Merci pour ton retour, je suis touchée Comme plein d’autres choses, les listes de Noël peuvent être source de tensions (ce qui te fait plaisir vs. ce qui fait plaisir à ta maman) comme le support d’une belle discussion à cœur ouvert, ou chacun·e exprime ses besoins et écoute l’autre. Ça n’est pas toujours possible, ni avec tout le monde, mais bien souvent on a de bonnes surprises sur ce qui émerge quand on ose s’exprimer sincèrement. En tout cas je te le souhaite !

      Réponse

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